Le mythe de la friendzone et l'amitié hommes-femmes
Will they, won't they ?
Scoop : le friendzoning n’existe pas. C’est un mythe inventé par la série Friends, dans laquelle les relations femmes-hommes sont toujours plus ou moins axées sur la possibilité d’une affaire de séduction ou de sexe. ERREUR DE CASTING. Si vous aussi vous entendez vos potes mecs vous dire depuis à peu près 10 ans des phrases du genre “j’ai échoué dans la friendzone”, il est temps de vous renseigner : la prochaine fois, vous saurez quoi leur répondre.
Un mythe sexiste
La friendzone est le terme utilisé pour parler d’une relation amicale dans laquelle l’un-e des ami-e-s ressent des sentiments amoureux à l’égard de l’autre qui sont non-réciproques. Aujourd’hui, elle est devenue une idée misogyne qui se fait le coeur des problématiques de conception des rapports hommes-femmes. La friendzone est un terme quasi-exclusivement utilisé par des hommes et raconte avec beaucoup de cynisme et de sexisme les rapports sociaux dans l’imaginaire d’aujourd’hui : les hommes, prédateurs et désirants, ne sauraient s’aventurer dans une amitié avec une femme pour un autre objectif que le sexe. Les femmes, trop sexuées et désirables, rendraient de leur côté l’amitié impossible, de par leur sexualisation hors-norme.
Dear friend,
Le truc avec la friendzone c’est qu’elle est peu à peu devenue bien plus qu’une histoire d’amour non réciproque. En balayant les affres d’internet, on se rend compte assez rapidement qu’il s’agit aujourd’hui d’un véritable problème sociétal. Injonction à “être un homme, un vrai”, peur de “l’asexualité”, crainte de devenir pour une femme “le pote gay dont elle n’attend rien” : le terme est quasi-exclusivement utilisé par des hommes. Tous les mèmes vont d’ailleurs dans ce sens : offrant une représentation d’hommes bafoués et humiliés faisant le sujet de moqueries face à des femmes manipulatrices. Plus encore, on retrouve partout l’idée que pour sortir de la friendzone des “stratégies” sont à mettre en place pour le mec friendzoné. Et que tous les garçons qui s’y retrouveraient seraient en fait incapables de savoir s’y prendre avec les filles, au point de remettre en cause leur masculinité.
La problématique
C’est justement tout le truc avec ce concept. Associer la friendzone à l’idée d’une dé-virilisation et d’une assexualité reprend l’idée toute préconçue et bien connue selon laquelle un homme serait privé de sa masculinité lorsqu’une femme lui refuse ses faveurs romantiques ou sexuelles. D’une situation relationnelle très simple, on passe vers un sentiment d’humiliation vécue par la plupart comme une véritable injustice : du genre “si je suis sympa avec cette meuf, pourquoi refuse-t-elle de coucher avec moi ?”. En plus de poser une véritable problématique de stratégie, cette mécanique dénature clairement la possibilité de l’amitié hommes-femmes : comme si l’amitié proposée par une femme à un homme ne valait rien, ce lien entre les deux genres n’étant pas censé exister. Et comme si, plus encore, se comporter comme un con avec une femme allait mécaniquement la séduire.
Le sexe comme barrière
C’est l’argument le plus avancé pour décréter que l’amitié femmes-hommes est impossible : les enjeux des rapports de séduction seraient trop présents et de fait, quasi insurmontables. Quid ? On vous l’a dit plus tôt, cet argument nous semble assez réducteur. Et pourtant, cet imaginaire fait le bonheur de toutes les comédies romantiques où EFFECTIVEMENT il semblerait impossible de trouver deux protagonistes de sexe opposé et hétérosexuels entretenir une amitié sans finalement pouvoir réaliser qu’ils se désiraient depuis le début. Mais peut-on vraiment se vanter de vivre dans une société moderne, ouverte et progressiste quand on considère incompatibles un homme et une femme en dehors d’un lien érotique?
WTF, Hollywood ?
Pour balayer d’un revers de la main toutes les questions liées à la représentation de ces rapports humains en dehors de la séduction, l’industrie du cinéma se replie sur des archétypes classiques : l’amitié femme-homme est possible quand l’un-e des protagonistes est homosexuel-le. Easy, non ? En fait, plus encore on part sur un principe assez simple : si deux des personnages sont hétéro-sexuels, ils sont quasi-toujours voués à se choper l’un-l’autre. Si la majorité des films au box office ne passent pas le test de Bechdel, c’est donc aussi pour cette raison : parce que les rapports femmes-hommes y sont représentés d’une manière si caricaturale et hétéronormée que les protagonistes sont sans cesse appelés à échanger autour de cette seule et unique thématique. C’est d’ailleurs tout le sujet de la série Friends, qui aurait peut-être dû s’appeler Friends with benefits, tant les personnages ont écumé toutes les combinaisons possibles de rapport de séduction.







