On vous explique pourquoi c’est (vraiment) OK de ne pas orgasmer
Ou en tous cas, pas tout le temps
Voilà. On en est là. Ce moment où on ne peut que se réjouir de toutes les informations qu’on peut trouver pour (mieux) faire jouir les personnes qui ont un clitoris… tout en ayant la très légère impression qu’avoir (eu) un orgasme est un peu devenu la nouvelle Rolex - à choper avant 30 ans qui plus est (#vlàlapression). Est-ce qu’on n’arrêterait pas un peu les frais, du coup ? Est-ce qu’on ne se foutrait pas un peu la paix, qu’on arrive à jouir / à orgasmer ou pas ? Ci-joint, la contre-ordonnance du plaisir sexuel qui vous rappelle que le cul, c’est lo(oooo)in d’être que des orgasmes.
#1 La sexualité, cette machine à pression
T’as déjà joui, toi ? T’arrives à jouir vite, toi ? Tu jouis comment, toi ? T’as joui, là ? T’as eu ton premier orgasme à quel âge, toi ? T’arrives à avoir des orgasmes toute seule toi ? Ta/ton/tes partenaires te font jouir, toi ? Et là, t’as joui ou t’as pas joui, hein ?
Wowowowow, on se calme ! Même si ces questions sont très pertinentes et qu’elles racontent toutes à quel point nous pouvons être curieux·ses entre nous de nos possibilités de jouissances (ce qui est cool, évidemment), elles semblent aussi nous dire autre chose. Par exemple, la très légère tiny anxiété qu’on se fout à tenter d’avoir des orgasmes à tout prix. Et la très légère tiny pression que se foutent notre/nos partenaire·s à être à même de nous en “donner”.
Et en un sens, ce n’est pas étonnant, puisque comme le rappelle d’ailleurs très justement Merci Beaucul “l’orgasme a longtemps été vu comme un Graal à atteindre ou le boss du game à débloquer”. Seul souci selon cette papesse du cul conscient et épanoui ? Même si se focaliser sur l’orgasme peut être une bonne manière de l’atteindre, il faut pour cela se rappeler que “l’orgasme n’est pas le but et ne marque pas une fin.”
En d’autres mots : faire de l’orgasme la seule quête et le seul objectif d’un rapport sexuel a tendance à créer de nouvelles injonctions (coucou la performance). Des injonctions qui, une fois n’est pas coutume, peuvent nous foutre la pression à tel point, justement, qu’on n’arrive pas à jouir. Le serpent qui se mord la queue, TMTC.
D’autant que rappelons-le, il est tout à fait possible d’être “anorgasmique” (aka une personne qui n’a pas d’orgasme), soit une condition qui touche environ 20% des femmes cisgenres. L’anorgasmie n’est pas une pathologie, et il est possible qu’elle évolue tout au long de la vie en fonction des partenaires / des situations / de la connaissance de son corps qu’on développe… (vous pouvez jeter un oeil sur cet article - assez hétérocentré malheureusement - pour y voir un peu plus clair).
Bref : si tous les chemins peuvent (éventuellement) mener à l’orgasme, rien ne sert pour autant de courir, et encore moins de se presser. Autant mettre l’accent sur le principal et ce qui compte vraiment : le plaisir qu’on prend, qu’on reçoit, qu’on découvre, qu’on donne, qu’on partage.
#2 Ne pas remplacer une injonction par une autre (SVP)
Posons le décor. Parce qu’on n’a jamais autant entendu parler de plaisir sexuel qu’aujourd’hui, la vapeur s’est un peu renversée : d’un “clito-quoi, de quoi tu me parles ?”, on est passé·es à des éventuelles pressions type "ohlala, mais avec tout ce que je sais sur mon clito, comment ça se fait que j’arrive pas à jouir ?”.
Mais ces organes et nos corps ne sont pas pour autant livrés avec le mode d’emploi. Résultat : il est tout à fait possible de connaître son anatomie sur le bout des doigts et ne pas pour autant “parvenir” à l’orgasme (... et encore moins à tous les coups). Et c’est absolument OK : la sexualité n’a pas de but, si ce n’est de se faire plaisir quand on en a envie. L’orgasme ? C’est juste une possibilité de jouissance comme une autre. Une manière de prendre du plaisir, qui, selon nous, a autant d’importance que les frémissements que l’on ressent lors d’un premier baiser, la douceur d’une main qui se pose sur la peau etc…
Mieux encore : ce sont précisément tous ces moments de sensualité (qui font partie intégrante de la sexualité) qui nous permettent d’en apprendre plus sur nos corps et leurs possibilités de jouissance. En bref : nos rapports sexuels ne sont pas des moyens en vue d’une fin. À ce sujet et comme le rappelle très bien Merci Beaucul : “Voir l’orgasme comme le but et la fin de la masturbation et/ou d’un rapport limite l’exploration et peut créer des automatismes et parfois une routine”.
#3 Le plaisir sexuel, entre performances et paradoxes relous
C’est précisément ce qui nous pousse à vous encourager si souvent à sortir de la triade “préliminaires - coït - orgasme”, si forte dans les relations hétérosexuelles. Une recette qui fout masse la pression à tout le monde et qui ne réjouit pas tant que ça les partenaires puisque :
1/ le fossé orgasmique est bien réel (#noshit). Une étude étatsunienne réalisée en 2014 montrait à ce sujet que seulement 64% des femmes hétéro cisgenres avaient eu un orgasme lors de leur dernier rapport - contre 91% des hommes cis-het (gloups). Coucou la stat’ qui ne fait pas plaisir - au sens propre comme au sens figuré #pirequelesinégalitéssalariales.
2/ c’est d’ailleurs la représentation du sexe hétéro dans le cinéma (classique ou pornographique) qui a tendance à nous faire penser que deux personnes peuvent jouir exactement au même moment, après un coït sans capotes ni caresses qui dure exactement 4 minutes 30 secondes. La réalité ? Rien à voir, vous-même vous savez.
3/ enfin, cette représentation contribue à faire du sexe pénétro-centré le cœur de la plupart des rapports hétérosexuels. Alors même qu’un coït (aussi délicieux soit-il) ne permet pas forcément de stimuler suffisamment le clitoris pour “atteindre” l’orgasme (et encore moins en mode missionnaire, aka la position la plus souvent pratiquée).
Que faire de toutes ces informations ? Eh bien comprendre qu'au-delà de la nécessité de discuter et de déconstruire ce qui entrave la jouissance et le plaisir à deux, ce que vous avez envie d’appeler un rapport sexuel plaisant et épanouissant se définit à votre échelle.
Et qu’en ce sens, prendre le temps d’explorer, c’est aussi rebattre les cartes de nos routines et de nos habitudes (qu’elles soient bonnes ou frustrantes d’ailleurs). Bref : c’est en se mettant moins la pression à “réussir à jouir” qu’on peut découvrir de nouveaux trucs. En solo, à deux, à trois, à six, avec des doigts, des sex-toys, des pénis, des dicklits, bref : comme on veut.
#4 L’art de prendre son pied sans chercher à orgasmer
Vous prenez un pied monstrueux à vous faire caresser les tétons ? Kiffez, et ne vous demandez pas si ça vous faire climaxer, on s’en fout. Vous passez le meilleur moment de cul de votre vie mais vous n’arrivez pas pour autant à jouir ? On s’en fout aussi. Le sexe, c’est créatif, et il n’y a de toutes façons pas deux partenaires qui vous toucheront pareil. Inutile donc de venir avec un plan de dissertation en trois étapes et de traiter ce moment de plaisir comme une mission commando.
Vous pouvez jeter un oeil à ce sujet du côté du sexe tantrique, qui met plus l’accent sur le plaisir, le désir et leur intensité plutôt que sur la capacité des partenaires à orgasmer/éjaculer. Ou bien encore du côté de cette bande dessinée de Cy. qui montre bien que l’intensité du plaisir sexuel et la beauté d’un rapport entre partenaires consentant·es n’a rien à avoir avec la capacité à jouir.
Même topo par ailleurs du côté de la masturbation, comme on vous l’expliquait déjà dans notre Courrier du Corps de l’été dernier : reproduire le même scénario et les mêmes gestes à chaque fois peut être certes satisfaisant en un temps record, et c’est tant mieux. Mais en même temps, ça peut aussi être un frein à la découverte de nouvelles manières de prendre du plaisir.
En soi, et pour reprendre l’idée de la géniale June Pla dans Jouissance Club, une des choses les plus importantes que l’on peut vous souhaiter est de voir en vous-même le/la meilleur·e amant·e que vous aurez de toute votre vie. Ou, pour le dire autrement : commencer à déconstruire cette quête intensive de l’orgasme avec vous-même est le meilleur moyen de mieux apprendre à vous connaître et de moins vous mettre la pression dans votre sexualité. À la clé : savoir ce que vous ressentez, ce que vous voulez, apprendre à explorer… et ainsi mieux pouvoir communiquer ensuite avec votre/vos partenaire·s si vous voulez :)
#5 Petite liste non-exhaustive de trucs qui sont aussi cool qu’un orgasme
Dans son Éloge poétique du lubrifiant (oui, on est vraiment fan), Lou Sarabadzic propose quelques pages géniales pour repenser nos sexualités et notre plaisir au-delà de ce qu’elle appelle le “Dieu Jouir”. Une manière pour elle de souligner que vénérer nos orgasmes comme des Dieux tous puissants revient souvent à invisibiliser le reste.
Bref : comme le dit June Pla, l’orgasme n’est que la toute petite partie immergée de l’iceberg de la sexualité. Le reste ? C’est de la créativité. Du plaisir à inventer. Des sensations encore inexplorées.
On vous laisse donc sur cette petite liste extraite du livre de Lou Sarabadzic, en espérant vous inspirer et vous donner envie de batifoler sans (forcément) chercher à orgasmer :







