L’illégalité et le complexe de la gagneuse

 

Jusqu’en 1965 en France, les femmes n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte bancaire à leur nom ni de travailler sans l’autorisation de leur père ou de leur mari. Ça fait donc à peine plus de 50 ans (c’est-à-dire pour beaucoup, même pas l’âge de nos parents) que l’argent, ou en tout cas le leur, est un sujet pour les femmes. Avant, il leur était interdit. Cinquante ans c’est peu pour passer d’une interdiction à une totale liberté d’expression, surtout que la société ne va pas forcément au même rythme que les lois (coucou l’homophobie).

 

A cela s’ajoute le fait qu’au fil de l’histoire, les seules femmes à avoir sécurisé une indépendance financière étaient les courtisanes, comme Valtesse de La Bigne ou Marie Duplessis. En usant de leurs charmes intellectuels et érotiques, elles se faisaient offrir des cadeaux, de l’argent mais aussi des appartements qui permettaient aux hommes mariés de leur rendre visite, oscillant ainsi entre prostituées de luxe et maîtresses richement entretenues.

📸 Unsplash / Vladimir Yelizarov

 

 

Aujourd’hui, ces courtisanes seraient appelées escorts, un métier clairement stigmatisé par la société et extrêmement restreint légalement (même si les travailleuses du sexe payent des impôts #logicplease). D’ailleurs, on surnomme encore péjorativement les prostituées “gagneuses”, comme si le simple fait de chercher à gagner de l’argent quand on est une femme était foncièrement mal.

 

Pour résumer, historiquement femmes et argent sont donc intimement liés à un autre tabou : le sexe, et plus précisemment le travail du sexe. Et 50 ans de liberté financière ne sont pas suffisants pour changer les mentalités.

 

 

Le salaire de la ménagère

 

Autre fait social qui ajoute à notre problème, c’est que depuis longtemps, les femmes font un travail qui n’est ni rémunéré, ni considéré comme tel : le travail domestique. Ménage, blanchisserie, cuisine, garde des enfants… A cause de cette inégalité frappante, les femmes ont été forcées d’intégrer que leur travail ne méritait pas salaire, contrairement à celui des hommes qui "nourrit la famille et met un toit au-dessus de leur tête”.

 

Avec ça à l’arrière du crâne - aka que notre travail ne vaut rien ou en tout cas beaucoup moins que celui de nos homologues masculins -, comment se sentir légitime quand on demande une augmentation, ou quand on augmente ses tarifs en tant qu’auto-entrepreneure ?

📸 Unsplash / Joshua Rondeau

 

 

En 2018 pour Libération, Winnie Byanyima, Directrice générale d’Oxfam International (confédération de 20 organisations caritatives engagées dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités), déclarait : “Les femmes contribuent pour environ dix mille milliards de dollars à l’économie par leur travail non rémunéré [...], un travail qu’elles effectuent gratuitement et sans lequel nos économies s’effondreraient”.

 

Et pour se rendre compte de ce que ça donne à échelle individuelle, le site états-unien Salary a calculé, après un sondage auprès de 6 000 mères en 2013, que leurs heures de travail à la maison devraient leur rapporter en moyenne 6 917 € par mois. Près de 7 000 € par mois. De quoi balancer votre syndrôme de l’imposteur dans un tambour à 60° option séchage intense, non ?

 

 

Un biais sexiste et un manque de rôles modèles

 

L'inégalité de la répartition des tâches entre aussi en résonance avec l’éducation genrée de notre société. Aux hommes, on apprend à se battre, à être fort, fier, victorieux, à dominer = occuper les positions de pouvoir. Et en Occident, le vrai pouvoir c’est l’argent.

 

Aux femmes au contraire, on apprend à prendre soin des autres avant de penser à soi, et à avoir pour seules ambitions d’être jolie ou de fonder une famille. Du coup, dire qu’on veut faire de l’argent quand on est une femme, c’est apparaitre froide, calculatrice, sans empathie #alien. C’est être catégorisée michto avec dédain (alors que et alors ?), ou arriviste et autres “cold bitch”. Et c’est surtout déclarer clairement qu’on souhaite notre indépendance et qu’on n’a pas besoin d’un homme pour prendre soin de nous ou s’offrir ce qu’on veut, ce qui ne plaît pas des masses à une société créée par et pour les hommes hétéro.

📸 Unsplash / CRYSTALWEED cannabis

 

 

A cause de tous ces freins, on a peu de rôles modèles de femmes à la tête d’empires financiers. Et qui dit manque de rôles modèles, dit sentiment d'illégitimité face à l’argent ou la réussite, voire absence totale de projection dans un futur où faire fortune en tant que femme serait possible. On rectifie la situation ?

 

Elles ne sont pas aussi nombreuses que les hommes, mais il y a autour de vous des successful and powerful women inspirantes : Rihanna bien sûr, Bozoma Saint John, Directrice marketing chez Netflix (on vous conseille d’ailleurs de mater cet extrait d’interview), et aussi en France Lucie Basch, fondatrice de Too Good To Go, Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi, la cheffe Céline Pham à la tête d’une entreprise familiale florissante, ou encore Fanny Péchiodat qui a créé My Little Paris, un petite newsletter envoyée à quelques copines devenue une incroyable success story rachetée par le groupe TF1 et qui compte aujourd’hui plus de 130 salarié·e·s.

 

Le succès de ces femmes devrait être notre fierté à toutes. Et c’est une démonstration que femmes et argent peuvent faire naître de très belles histoires.