Pratiquer la joie militante avec la Revue Respect

 

Si le respect nous manque en ce moment ? Comment vous dire que tellement (coucou ce gouvernement né avant la honte). Pour nous remonter le moral, on a trouvé le bon bail : la R$``evue Respect, qui vient tout juste de sortir son cinquième numéro - le bien nommé 50 nuances d’engagement. Si le titre est catchy bien comme il faut, ne vous y trompez pas : zéro washing, que du rentre dedans. C’est-à-dire que vous pourrez y découvrir 50 histoires racontées par autant de personnalités engagées - comme une cartographie de la lutte à travers les récits et idées de celleux qui la font et la pensent. Passionnément, nécessairement. Joyeusement ou désespérément. Aretha Franklin would be proud.

 

Revue Respect, numéro 5 : 50 nuances d’engagement, 4,50 € en version numérique ou 7,50 € en version papier, à découvrir par ici.

Transformer le ghosting en poésie avec Rim Battal

 

Dans l’antichambre du désir, Rim Battal croque, bouffe des pommes. Elle raconte, au fil de son recueil qui se dévore comme un roman, l’histoire de ce que l’on pourrait appeler un “crush”. Il y a l’envie. Il y a les corps qui se frôlent. Il y a l’évidence que l’on pense partagée. Il y a les doutes. Il y a la déception. Bref : il y a les pommes.

 

Les pommes girl, ce sont peut-être bien celles qui désirent. Celles qui mordent pour assumer leur désir et raconter qu’elles ont faim. Celles qui fantasment, qui espèrent, qui mouillent. Celles qui finissent avec la pomme de la frustration plein la bouche.

Bref : avec Pommes Girl, Rim Battal raconte l’histoire d’une rencontre. D’une ferveur non-advenue. D’une fièvre. Celle de deux corps qui se tournent autour sans jamais se croiser. Qui voulait quoi ? La queen de la poésie Rim Battal nous offre un texte en forme d’écho vibrant (et libidineux) à nos crushs manqués, à nos presque-rencontres, à nos désirs qui nous dévorent de leur inassouvi - inexplicable.

 

Pommes Girl, un recueil de Rim Battal à découvrir aux éditions Kulte en français et en arabe (traduction par Abdelilah Khattabi), 16 €.

Parler astrologie et pop-culture avec Liv Strömquist

 

My dog. C’est qu’on avait failli passer à côté de ce tout dernier roman graphique de Liv Strömquist. Alors que, parlons franchement, on n’aurait pas pu rêver mieux pour bien attaquer le printemps qu’un livre sur l’astrologie écrit et dessiné par notre bédéiste suédoise préférée ?

 

En ligne avec son univers et ses travaux (bien renseignés, documentés et balancés à la mitraillette intello-golri), ce nouveau livre nous embarque dans une épopée astrale de qualité - à base de portraits au vitriol de chaque signe (décryptés à travers de personnalités publiques) assaisonnées de réflexions sur la compatibilité amoureuse entre eux, ou encore d’un bon dossier bien ficelé sur le “pourquoi du comment on tombe (ou pas) la tête dans l’astrologie, en fait ?”. Vous vous en doutez : on a adoré.

 

Astrologie, une bande dessinée de Liv Strömquist à découvrir aux éditions Rackham - Le Signe Noir, 24 €.

Faire mentir les clichés (et l’aquoibonisme) avec Salomé Saqué

 

Flemmards ? Accros aux écrans ? Déconnectés du réel ? Férocement wokistes ? Ah ça, on en dit des choses sur les “jeunes”. Souvent (vous connaissez) pour les critiquer et leur rappeler qu’ils pourraient se bouger le cul (le fameux “moi à ton âge…”), et surtout bien la fermer. Autant de discours très largement répandus qui invisibilisent le rôle de ce groupe social appelé “la jeunesse”. Autant de manières de décrédibiliser 24/7 ce que sont ses luttes, sa créativité, son ingéniosité.

 

Pour corriger le tir (et faire la nique à ces clichés claqués), une seule solution : ouvrir le brillant essai de la journaliste Salomé Saqué. Aka la recette parfaite pour s’indigner avec fierté et rendre hommage aux qualités de notre génération. De quoi déboulonner (au passage) le fameux clivage “jeunes” versus “boomers”. En mode “vous les pourri·es gaté·es qui gueulent pour que dalle” (coucou c’est (pas) nous), versus “eux les fckn pollueurs aux relents relou-réac qui nous laissent une planète en PLS”. Entre témoignages, enquête journalistique fouillée et récit intimo-politique, l’autrice (27 ans et so badass en mode Buffy contre les réacs), nous offre avec ce livre-pépite une bonne grosse bouffée d’espoir et d’oxygène sponso fierceness.

 

Sois jeune et tais-toi : réponse à ceux qui critiquent la jeunesse, un essai de Salomé Saqué à découvrir aux éditions Payot, 19,90 €.

Parler de cul et d’amour en mode intimo-politique avec La Déferlante

 

Vous la sentez vous aussi ? Cette petite fièvre du printemps qui nous monte à la tête et au cul ? Welcome dans la saison des amours (également connue sous le nom de “mode roue libre activé”). Bon. Que vous vous reconnaissiez dans cette description ou pas du tout : laissez-nous vous dire que vous avez BESOIN de vous envoyer le tout dernier numéro de la géniale revue La Déferlante (si c’est pas déjà fait ?).

 

Au programme (entre autres) : un passionnant dossier sur la sexualité qui promet de vous mettre le feu au cerveau bien comme il faut. Comment penser, déconstruire et reconstruire les normes sexuelles qui nous pèsent et nous incombent (coucou le classique coït de type pénis + vagin dans les sexualités hétéro) ? Comment imaginer d’autres manières de s’aimer et de se baiser ? Comment bien (mieux) vivre (avec) nos corps, nos désirs et nos partenaires ? Le genre de lecture qui nous donne chaud (sapio-sexual team, anyone ?), et qui promet de nous rendre l’été encore plus mouvementé et mouillé.

 

Revue La Déferlante, Numéro 9 : Baiser, à découvrir aux éditions La Déferlante, 19 €.

Se prendre des claques poétiques 24/7 avec @poétessesgang

 

Ceci n’est pas un livre, non. Et pourtant on y retourne chaque jour avec le même appétit dévorant, avec la même libido top niveau. Ce que c’est ? Le tout nouveau tout explosif compte Insta @poetesses.gang. Pas besoin de sous-titrer, hein : on part sur un gang de poétesses contemporaines qui nous rincent chaque jour de leurs écrits et travaux poétiques… Et autant vous dire que vous n’êtes clairement pas prêt·es.

 

Vous avez demandé du feu et du talent à la mitraillette ? C’est par ici.

Entamer une grève du cul hétéro avec Ovidie

 

C’est un texte qui annonce la colère comme une couleur. Un livre qui s’impose comme un cri et dans lequel on tombe tête la première. Pourquoi ? Parce que si Ovidie y raconte sa propre histoire, on a (oh combien et si souvent) l’impression qu’elle parle de nous. De nos ami·es. De nos seums. De nos plaies colmatées au silence pendant trop longtemps. Le pitch (sans spoiler) ? C’est l’histoire (grosso modo) du comment, un jour, Ovidie n’a plus eu envie de baiser. Parce que le ratio bénéfices/risques n'était clairement pas dans le vert. Bref : c’est l’histoire d’une espèce de burn-out du cul, d’une grève du sexe qui dure depuis maintenant 4 ans.

 

C’est l’histoire d’un ras-le-cul de se casser la tête ou de la baisser, de s’épiler la chatte juste comme il faut pour pouvoir s’ambiancer, de se refaire un vernis-pédicure à la va-vite… Tout ça pour passer des nuits un peu boring mais bon “il est de bonne volonté / pas méchant, ça va, quand même”. C’est le seum de se fader des cystites à répétition le jour d’après un énième coït sûrement pas si ouf (poke le fossé orgasmique), ET PUIS, surtout, c’est une manière pour l’autrice de dire non au marché de la “baisabilité”. BON, on arrête là ? Vous connaissez la rengaine, ou pas ? Si vous vous sentez d’humeur à envoyer bouler le pas-si-super-marché de la “baisabilité”, clairement, ce livre est l’appel au putsch du cul que vous attendiez. Parce que y’a pas de mal à être sologame, en vrai.

 

La chair est triste hélas, un livre d’Ovidie à découvrir aux éditions Julliard, collection Fauteuse De Trouble, 18 €.

Questionner les diktats à travers une étude du selfie avec Jennifer Padjemi

 

Ridicule, vaniteux, naze, inutile, cringe, déclin-de-l'humanité : le selfie se traîne une guirlande d'adjectifs peu reluisants, alors même qu'on a toustes déjà goûté au cliché défendu. Si ce narratif raconte quelque chose du piège qui se renferme sur les corps des personnes qui se construisent socialement en tant que femmes ? Tellement. Ou comment enfermer nos corps dans des normes violentes et excluantes qui nous poussent à déployer une énergie démentielle pour “notre image”... Tout en décrédibilisant/shamant la pratique du selfie (ou le kif de make-up) parce que “nan mais c’est tellement superficiel, han”. Wesh ?

 

Notre seum étant ce qu’il est, autant vous dire qu’on a été particulièrement ravies de découvrir le tout dernier essai de Jennifer Padjemi. Comme d’hab’, l’autrice et journaliste conjugue sociologie et pop-culture et met les pieds dans le plat bien comme il faut… Parce que, bon, que vous soyez adepte du selfie ou pas, la réalité est là : qui peut échapper à ce contrôle que le capitalisme (sponso patriarcat-racisme-grossophobie et on vous en passe) exerce sur nos corps ? Bref : au pays des diktats et du “marché à la bonne meuf”... La capacité à se réapproprier son corps et son image (en slalomant entre 46789653 injonctions contradictoires) est clairement une longue (con)quête. Alors bien sûr qu’on sait bien que ce n'est pas demain la veille qu’on laissera nos corps tranquilles… Mais ce livre = un excellent point de départ.

 

Selfie : comment le capitalisme contrôle nos corps, un essai de Jennifer Padjemi à découvrir aux Éditions Stock, 20,90 €.