Petit récap’ de l’histoire : nous sommes en pleine saison des fiançailles dans l’aristocratie anglaise du XIXe siècle. Daphné Bridgerton doit trouver un bon parti, mais à cause de la tutelle hasardeuse de son frère, le diamant de la saison #beauty galère à hameçonner du Prince Charming. Intervient alors le Duc de Hastings, célibataire le plus en vue de la région, qui aimerait bien se débarrasser des mères aux griffes un peu trop acérées quand il s’agit de marier leurs filles. Les deux s’entendent alors sur une petite manigance : faire croire qu’iels se kiffent, pour que Daphné redevienne désirable aux yeux des autres prétendants (eurk) et que le Duc devienne (en apparence) unavailable. Bien sûr, intrigue vieille comme le monde, les deux faux tourtereaux deviennent bientôt de vrais tourtereaux et batifolent de malentendus en malentendus jusqu’à apaiser leurs tensions sous la couette (et dans le mariage).

 

 

On ne peut pas faire un deal en espérant changer les termes du deal

 

Un des mots qui gravite souvent autour du couple est "concession". Souvent au pluriel, on nous dit qu’il faut toujours en faire pour, au choix : être heureux·se, accepter l’autre, durer dans le temps. Pour nous il y a des concessions qu’on ne peut pas faire, sur soi et ses valeurs notamment (pas de raciste dans mon lit), mais aussi sur sa liberté de mouvement et de penser, sa santé ou encore son désir sexuel. Les vraies concessions acceptables, c’est de savoir dans quelle famille ou belle-famille on passera Noël cette année, quel film on mate ce soir ou accepter de moins voyager ensemble si l’autre est en plein développement de son activité pro.

Dans la série qui nous intéresse, il s’agit d’une big big concession : pour épouser le Duc, Daphné accepte qu’iels n’auront pas d’enfant (alors que c’était son rêve, à la base). Simon (le Duc), l’explicite très clairement, et refuse même à mainte reprises d’épouser Daphné pour ne pas lui imposer ce sacrifice. Mais la dame accepte le deal et les voilà partis pour “ils vécurent heureux et n’eurent jamais d’enfants”.

 

Sauf qu’en apprenant la vraie raison du refus de Simon d’enfanter, Daphné pète un plomb et fait tout (tout) pour le convaincre. Pas cool Daphné.

 

Notre réflexion : qu’importe la raison, une décision clairement énoncée dès le départ de la relation doit être respectée. On ne peut pas accepter une condition avec, en arrière-pensée, “Un jour je le/la ferai changer d’avis”. C’est se trahir soi, trahir l’autre et donc trahir la relation.

 

Bien sûr, le sujet des enfants n’est pas anodin. Les générations précédentes se posaient peu voire pas la question : couple = enfants, c’est l’ordre naturel des choses, point. Mais aujourd’hui notre ambition professionnelle (surtout en tant que femme), le dangereux état du monde #rechauffementclimatique ou plein d’autres raisons comme juste “j’en ai pas envie et c’est ok”, nous amènent à nous questionner sur notre potentiel futur en tant que parent. Certaines personnes en désaccord se mettent en couple jeunes et se disent que l’autre changera d’avis avec le temps, mais ce n’est pas la meilleure solution… Parce qu’arrivé·e·s à 6, 7 ou 10 ans de couple, l’un·e peut avoir envie et l’autre toujours pas, et ça peut contraindre à la séparation.

Dans la série, Daphné dit au Duc “C’est vous que je ne pouvais pas sacrifier”. C’est très beau, mais encore faut-il que ce soit vrai. Demandez-vous quels sacrifices vous êtes vraiment prêt·e à faire, ou tout simplement si vous êtes prêt·e à en faire, avant de vous lancer les yeux fermés dans une relation qui vous convient à moitié.

 

 

Il n’y a pas de demi-vérités

 

Pour revenir sur cette histoire d’enfant, le plus gros malentendu de l’histoire, c’est que Daphné imagine que cette dure réalité (pour elle) est due à une condition médicale du Duc. Or, il s’agit d’une décision. Se rendant compte du demi-mensonge, la Duchesse se sent trahie et humiliée. Parce qu’en effet, Simon n’a jamais dit clairement “J’ai promis à mon père sur son lit de mort que le nom Hastings s’éteindrait avoir moi, et donc j’ai décidé de ne pas avoir d’enfant”. Il dit “On ne pourra pas avoir d’enfant”. Et c’est là tout le problème. Par honte de son passé, il refuse d’être clair. Et, stop jouer les innocents, il doit bien se douter que ça peut créer une belle confusion.

 

Notre réflexion : quand vous avez quelque chose d’important à dire, qui peut être important pour votre/vos partenaire/s ou votre couple, ne jouez pas sur les mots, ne mentez pas par omission, bref : n’entubez pas les gens. Combien d’entre nous se sont déjà fait·e avoir par le fameux “Ah bon, on était en couple exclusif ? On n’en a jamais parlé”. Oui, mais tu pouvais mentionner le fait que tu voyais d’autres personnes pour savoir si c’était ok AVANT, là je l’ai découvert tout·e seul·e, et ça fait mal.

Pareil si vous voyez un·e ex avec qui vous êtes maintenant ami·e, alors que vous êtes en couple et savez que ça peut blesser l’autre : ne dites pas “Je vais voir un·e ami·e”, soyez honnête et dites “Je vais voir un·e ami·e, il s’avère qu’à un moment donné il s’est passé quelque chose entre nous, mais ça ne remet absolument pas en question notre couple ni tout l’amour que j’ai pour toi, je respecte notre relation, et j’espère que tu respecteras cette amitié”.

 

 

Un viol reste un viol qu’importe la situation

 

Et oui, il y a bien une scène de viol dans La Chronique des Bridgerton. Fait rare (mais ça existe aussi dans la réalité), c’est Daphné qui viole Simon. Après avoir demandé à sa dame de compagnie de lui expliquer le fonctionnement de la reproduction, elle comprend que pendant leurs rapports, Simon se retire à chaque fois avant d’éjaculer pour éviter qu’elle tombe enceinte (méthode pas du tout efficace à 100%, c’est important de le noter).

 

Elle décide alors de vérifier cette théorie en forçant Simon à éjaculer en elle malgré les demandes répétées de son mari d’arrêter le rapport. Et ça, c’est clairement un viol. Même si le rapport sexuel a démarré dans le consentement, même si l’homme éjacule. C’est un viol.

Notre réflexion : dans la série, la scène est surtout tournée sur la déception, la colère, le sentiment de trahison de Daphné. Mais RIEN ne justifie un viol. Ni les mensonges, ni une trahison, ni une grande tristesse, ni un désir d’enfant, ni la mariage, RIEN. Et c’est aussi en apprenant à reconnaitre un viol ou une agression sexuelle qu’on y mettra un terme.

 

 

On ne se met pas en couple pour changer la société

 

Enfin, sujet important (mais traité 4 secondes dans la série) : la présence d’aristocrates noir·e·s au casting. Pendant les 3 premiers épisodes (3 heures de série, donc), on a l’impression que le scénario est complètement colorblind : alors que l’histoire se déroule en plein âge d’or de l’empire colonial britannique (et donc de l’esclavagisme), personne ne semble s’interroger sur le fait que le Duc ou que la reine elle-même soient noir·e·s. Jusqu’à un petit cours d’histoire de Lady Danbury, self-proclaimed tutrice du Duc :

 

« Je comprends que vous croyiez que l'amour, le dévouement, l'affection et l'attachement soient des choses banales et frivoles. Mais entendez-vous que c'est précisément ce qui a permis à un nouveau jour de se lever sur notre société ? Regardez notre reine. Notre roi. Leur mariage. Tout ce que cela fait pour nous. Nos deux sociétés étaient séparées, divisées par la couleur jusqu'à ce qu'un roi tombe amoureux de l'une d'entre nous. L'amour, Votre Grâce, conquiert tout. »

Voilà donc l’explication (#raccourci) de cette société qui semble insensible au racisme : un mariage d’amour entre un roi blanc et une femme noire. Un peu léger non ? Même si ce mariage avait pu exister (mouais), on rejoint cet article de Slate dans le fait que quelques années de mariage n’auraient malheureusement jamais suffit à faire disparaître complètement le racisme, ou à doter des personnes noires de titres de noblesses, de terres et de fortunes colossales.

 

Notre réflexion : Surtout, il ne faut pas considérer le couple comme un vecteur de progrès social en soi. Par exemple quand on est blanc·he, se mettre en couple avec une personne pour le fait qu’elle soit noire, arabe, latino, native ou asiatique avec la volonté de faire changer les choses grâce à son couple mixte, c’est aussi une forme de racisme. Voir et comprendre la couleur d’une personne (pour voir et tenter de comprendre les discriminations qu’elle subit), oui, ne voir que ça (et s’en servir), clairement non. On a la chance, dans nos sociétés occidentales, de pouvoir choisir notre partenaire par amour, restons plutôt sur ça non ?

 

 

Pour revoir la bande-annonce, c’est juste ici.