Des avant-gardistes qui savent ce qu'elles veulent

 

Dans l’imaginaire collectif, la diva est une personnalité féminine capricieuse dont tous les désirs devraient être exaucés à la minute. De Mariah Carey qui ne prendrait des bains qu’à l’eau minérale à Cher qui exigerait une chambre en plus rien que pour ses perruques, en passant par Diana Ross qui débarquait à sa performance du Super Bowl en hélicoptère ou encore Bianca Jagger qui entrait au Studio 54 sur un cheval blanc pour son anniversaire en 1977, autant dire que les divas n’ont (souvent) pas bonne presse.

 

Sauf que les divas (surprise !) sont beaucoup plus que l’étiquette sexiste et encombrante qu’on aime leur coller. Bien plus aussi que les excentricités stylistiques qu’on leur connaît - boas, paillettes, plumes, perruques, strass...

Cher et sa Dancing Flames Dress, en 1978


Ce sont surtout des femmes fortes, créatives, avant-gardistes - une pensée émue pour Lady Gaga et sa robe viande aux VMA’s en 2010 - déterminées - la bise à Madonna qui débarquait à New York en 1978 avec 35 dollars en poche - qui n’ont pas peur de lever des tabous sur des sujets importants - Mariah Carey qui révèle sa bipolarité, Selena Gomez qui parle de ses troubles alimentaires, Zendaya de son anxiété chronique ou encore Kim Cattrall qui dézingue les clichés autour de la ménopause. Vous avez dit badass ?

 

 

Des pionnières dans toutes les luttes sociales

 

Les divas sont aussi souvent des activistes engagées. Aretha Franklin, par exemple, est l’une des premières célébrités à mettre sa notoriété au service d’une cause : elle chante pour les obsèques de Martin Luther King en 1968, milite dans les rues et devient l’un des visages les plus connus du mouvement des droits civiques. Elle reprend « Respect » qui devient un hymne féministe antiraciste, et remet le couvert pour l'investiture de Barack Obama en 2009. (Btw, foncez voir son biopic avec Jennifer Hudson, actuellement en salles).

Aretha Franklin avec Martin Luther King et son père, le reverend C.L. Franklin, à Detroit en 1968


Plus récemment, les divas ont aussi participé à l’émergence de la quatrième vague du féminisme, le « pop féminisme », qui a réussi à populariser les grandes idées du féminisme à une vitesse éclair grâce à des figures incontournables, Beyoncé en cheffe de file.

 

C'est aussi, peut-être, parce qu'elles sont les premières à expérimenter le sexisme dans le monde très patriarcal de la culture et du show business, que les divas sont souvent des figures engagées. Quand Cher répondait à une intervieweuse avec son mythique « I am a rich man », quand Cyndi Lauper sortait « Girls just want to have fun » en 1983 en pleine présidence Reagan ou quand Madonna lâchait un « Fuck » en direct à la Women’s March de Washington après l’inauguration de Trump, elles représentent la colère grandissante des femmes face aux injustices du quotidien. Et on peut leur dire merci.

Madonna à la Women's March en 2017


Notons que ce féminisme est (et doit rester) intersectionnel. On adore aussi encourager Lizzo et sa body-positivité, Cardi B et son honnêteté légendaire, Janet Mock et ses discours trans-inclusifs... ou encore Jane Fonda et son avant-gardisme écoféministe.

 

 

Des role models pour les minorités queer

 

Last but not least, les divas sont souvent des icônes pour les communautés queer - quand elles ne sont pas elles-même LGBTQIA+ et fières de l’être. On pense à Laverne Cox, qui n'a jamais hésité à utiliser sa voix pour défendre les droits de sa communauté, ou à Kristen Stewart, qui assume sans fards ses opinions politiques (et qu’on a terriblement hâte de retrouver en Lady Di dans Spencer). Autant de figures qui font partie intégrante d’une communauté riche de sa diversité et de son histoire.

Laverne Cox à Princeton University en 2015


Parce que les divas sont campy, drôles, presque caricaturales, se jouent des codes et de toutes les normes, tout en s’engageant et en prenant position pour des causes qui ne sont ou n'étaient pas toujours populaires selon les époques (coucou la lutte contre le sida de Liz Taylor et Line Renaud), elles sont des figures nécessaires et importantes pour bon nombre de personnes LGBTQIA+.

 

C'est aussi derrière la façade pailletée et les tenues glamour que se cachent souvent des histoires et des destins tragiques, dans lesquels se reconnaissent les membres d’une communauté toujours discriminée, qui cherche à s'évader de la réalité du quotidien dans la fête. Et quoi de plus efficace qu’une diva pour vous inviter à faire la fête ? Dalida - Yolanda Gigliotti de son vrai nom - et sa vie jalonnée de drames et d’excès est un exemple plus que parlant. Après avoir affronté le suicide de plusieurs de ses compagnons, elle n’arrivera jamais à fonder la famille qu’elle voulait tant ni à s’habituer à la solitude qui hantait ses nuits. Elle chantera pourtant « Laissez-moi danser » comme un hymne à une liberté et « Je suis malade » comme un cri de colère, le tout en robe longue dorée, avant de mettre fin à ses jours en 1987.

 

Alors voilà : parce qu’elles sont avant tout des femmes puissantes, qui n’ont pas peur de faire porter leur voix malgré les commentaires sexistes et misogynes, qui chantent haut et fort des hymnes libertaires et inclusifs… On a toujours autant besoin de nos divas. Et ce n’est pas près de s’arrêter.



 

Karl Richa