Allô Docteur ? C’est pour une question

 

Douglas, c’est donc le nom du nouveau spectacle d’Hannah Gadsby. C’est aussi le nom de son chien. Quoi d’autre ? Ah oui : c’est le nom qu’on utilise pour définir cette partie bien spécifique de l’anatomie qui se trouve entre le rectum et l’utérus. Pourquoi ? Parce que cette partie du corps a été “découverte” par le Docteur James Douglas, qui lui a donné son nom. Chelou comme intro, vous dites-vous ?

Si l’humoriste utilise cette “anecdote”, c’est pour nous montrer à quel point (presque) toutes les choses du monde dans lequel nous vivons - y compris certaines parties de nos corps - ont été nommées par des hommes. Si ça fait bizarre de réaliser qu’un type mort au XVIIIème siècle a donné son nom à une partie délicate de nos organes sexuels ? Un peu. Quand même.

 

Pourquoi c’est important ? Parce que l’absence de femmes ou de personnes de genre “non-conforme” de la scène médicale rend de fait particulièrement difficile l’accès à des parcours de soin et de (re)construction adaptés. En d’autres mots, pour Hannah Gadsby : être une “fxmme” (= femmes cis, personnes trans et non-binaires) dans le corps médical aujourd’hui, c’est se préparer à des années d’errances diagnostiques, et à des dizaines de commentaires type : “ces douleurs sont dans votre tête” bonus autres jugements et injonctions sur le poids / la contraception / la sexualité / la santé mentale. Par des vieux bonhommes (#grossirletrait) pétris de croyances dépassées ou qui n’y comprennent rien. La flemme.

 

 

Petite histoire hormonale

 

Autre exemple frappant utilisé par l’humoriste dans Douglas : le fait que les hommes cisgenres parlent des hormones comme s'ils n’en avaient pas. Comme si seules les personnes porteuses d’un utérus étaient concernées par les fluctuations hormonales (lol).

En attendant, et comme le souligne Hannah Gadsby, si certaines personnes ont leurs règles avec supplément SPM, d’autres ont des montées de testostérone assez vénères pour s’enjailler à mettre des coups de poing dans les portes (héhé).

 

Morale de l’histoire : si les hommes cis n’ont pas de cycle menstruel (plus ou moins 28 jours), ils ont en revanche bien un cycle hormonal propre (de 24 heures, et qui varie aussi en fonction du stress/de la fatigue, bref, de la vie).

 

DONC mollo sur les commentaires style “t’as tes règles ou quoi ?”, merci.

 

 

Où est Charlie, ou l’histoire d’un mec privilégié

 

Vous avez sûrement déjà eu affaire dans votre enfance ou plus tard à un album de Où est Charlie, non ? L’enjeu : chercher un type en pull rayé dans une foule immense.

 

Eh bien, pour l’humoriste, Charlie est la figure même du type privilégié : aka un homme blanc, sûrement hétéro ;), qui passe son temps à se la couler douce dans des décors de BD stylés, pendant que tous·tes les enfants du monde se mettent la rate au court bouillon pour le trouver ENFIN.

Bon, c’est plus drôle quand c’est elle qui le dit, mais vous voyez le topo. Être privilégié c’est aussi ça : ne pas se rendre compte de ce que vivent et subissent les autres parce qu’on est trop occupé… bah à en profiter, quoi.

 

 

Manet sous male gaze

 

Pour sublimer ces exemples par le show (c’est un spectacle, quand même), l’humoriste se lance dans une démonstration du male gaze à travers les siècles, analyse des peintures de la Renaissance jusqu’à la période romantique à l’appui. L’enjeu ? Montrer que l’histoire de l’art = des hommes cis et privilégiés qui peignent des femmes dansant le plus souvent nues, par groupe de trois dans la forêt (#onsefaitplaisir).

 

Et c’est vrai que quand on y pense, on s’est toujours demandé : pourquoi elle est à poils la meuf du Déjeuner sur l’herbe AU JUSTE ???

Bon et en quoi tout ça est lié ?

 

Eh bien parce qu’en assemblant cette somme de petits détails qui font notre vie et notre quotidien (des premiers bouquins d’enfant à vos dernières visites au musée en passant par votre RDV chez le/la gynécologue), Hannah Gadsby nous aide aussi à percevoir ce qu’est un système et comment il fonctionne. C’est-à-dire : un ensemble de paramètres qui nous enferment dans des réalités souvent trop étroites pour nous. Qui nous préparent et nous conditionnent à accepter une vision du monde qui peut-être exclusive et/ou excluante pour tous·tes ceux·elles qui n’entrent pas dans le moule ou dans la norme.

 

Et c’est vrai qu’on n’a pas l’habitude de recevoir une telle claque tout en se tapant un vrai (de vrai) fou rire.

 

Douglas, un spectacle de Hannah Gadsby, à découvrir d’urgence sur Netflix.