A 8 ans, une cassette (ouais, une cassette) de Notre-Dame de Paris qui tourne en boucle dans le walkman (oui, le walkman), on découvrait, émerveillée, la magie des comédies musicales. À cette époque, la transition des Disney vers notre future vie d’adulte semblait logique : on garde l’histoire en chanson, mais on remplace les lions, les chats et les éléphants par des vraies personnes (big step).

 

L’année suivante, Roméo et Juliette s’empare de notre lecteur CD et on veut absolument porter un napperon sur la tête comme Cécilia Cara. La comédie musicale corps et âme.

À 13 ans, c’est l’apothéose : on découvre Emmanuel Moire et Christophe Maé dans Le Roi Soleil. Boum. On fait passer ça pour un cours d’histoire sur les rois de France et Papa se tape les 2 heures de show en marmonnant. La belle vie.

 

Mais la courte vie aussi. Parce que depuis, on a bien tenté le mémoire sur Moulin Rouge à la fac, essayé de glisser Glee dans les Centres d’intérêt de notre CV, ou d’illustrer l’émancipation des femmes avec Dirty Dancing... Quedal. Rien. Ne. Passe. Les comédies musicales subissent de plein fouet la censure du “plaisir coupable”.

 

But why? Why? (tututututututu)

 

Attention, ça devient sérieux : d’après le neuropsychologue spécialiste des connexions cerveau/musique Hervé Platel, because on aime par-dessus tout la musique qui réveille en nous des souvenirs (exemple : le combo post-Disney / cassette / napperon / représentation live avec Papa qui marmonne). D’après une étude Deezer citée par Slate, nos goûts musicaux se figeraient d’ailleurs à 27 ans (dur). Sauf que notre esprit critique, LUI, continue d’évoluer, ce traître.

 

Du coup, entendre Garou chanter “Belle” nous fait toujours un pti truc, mais ça ne nous empêche pas de remettre en question la qualité de la prod en même temps (approximativement 2 sur l’échelle de la coolitude hipsterienne).

Deuxième raison à cet étiquetage “guilty pleasure” : depuis toujours, les élites ont la mainmise sur le être ou ne pas être de qualité dans la culture. Or par définition, la comédie musicale c’est l’opéra populaire, la Castafiore du pauvre (beurk). Comme le disait d’ailleurs très bien le sociologue australien Tony Bennett : “Avoir mauvais goût, c’est cool… quand on va à l’opéra”.

 

Ce qui nous amène à cette réflexion : si la dictature des élites censure les comédies musicales, le fait d’affirmer son goût pour ses dernières ne constituerait-il pas un acte révolutionnaire en soi ? Les Oscars de Lalaland = la prise de la Bastille.

Pour terminer, on citera Djubaka, légende de la programmation musicale de France Inter : “Les gens ont l’impression que la musique grand public c’est moche, mais Michael Jackson c’est grand public, et c’est pas moche”. Et si le clip de Thriller n’est pas une comédie musicale à lui tout seul, on ne sait pas c’que c’est.

 

Go (re)mater Mamamia!, go prendre vos places pour la sublime War Horse (en ce moment à Paris, 25 prix internationaux dont le Tony Award® de la Meilleure Pièce de Broadway. Bou. Ya.)