Un teen movie en v2v

Imaginez 3 copines : Tara, Skye et Em. Toutes trois britanniques, incarnant plus ou moins des clichés de femmes-filles à un âge incertain, si ce n’est celui de la soif de liberté et de la recherche des limites. Les trois copines partent pour une semaine de folie en Crète avec comme objectif commun : faire la grosse teuf. Ou presque commun. Tara, elle, n’a pas encore eu de relations sexuelles. Et elle met un point d’honneur à « perdre sa virginité » pendant ce séjour. 

Si vous avez déjà eu la possibilité de visiter des villes balnéaires comme Magaluf, Lloret del Mar, Albufeira ou Pas, vous avez à peu près le contexte. Vous avez même peut-être fait partie de ces groupes de jeunes qui déferlent sur la côte, l’été venu et qui ingurgitent des quantités affolantes d’alcool (ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas les seul·es). Si vous y avez échappé, ce film vous y plonge directement et vous envoie dans les montagnes russes de sensations fortes. 

Les trois copines arrivent donc pleines d’envie de fête, d’alcool et de sexe, bien sûr. Elles vont rapidement se faire de nouveaux ami·es et vont entamer un marathon très physique avec l’enchaînement de soirées interminables, un sommeil à peine existant, des gueules de bois de l’enfer et replay. Et alors que la fête bat son plein et qu’on commence à se sentir épuisé·es à la place des personnages, les vacances prennent un autre tournant pour Tara. 



Lauréat du prix Un certain regard

On préfère vous prévenir tout de suite avec un petit trigger warning, ce film parle d’abus sexuels et du sacro-saint consentement si facile à comprendre pour nous mais qui reste pourtant une chimère pour beaucoup d’hommes cishet. On préfère ne pas vous spoiler mais on s’avance un peu en vous annonçant ici que la réalisatrice Molly Manning Walker réussit ici un coup de maîtresse. Les scènes les plus difficiles de ce long-métrage ne sont pas graphiques et ce sont pourtant les plus impactantes.

Avec un montage très bien maîtrisé et une sélection de gros plans qui racontent beaucoup sans rien dire, on se retrouve directement à la place de Tara et on accepte de comprendre tous les sentiments et les sensations qui la traversent pendant le reste du séjour, sans qu’elle ne dise jamais rien à personne. Un talent d’interprétation qui est sublimé par la mise en scène crue et pourtant très aesthetic du film. 

Molly Manning Walker est une réalisatrice londonienne qui signe avec How to have sex un premier long-métrage déjà sur-encensé par la critique, lauréat notamment du prix Un certain regard à Cannes à l’été 2023. Grâce à ce film, elle présente le tableau de nos adolescences, celles des années 2010, encore assez peu montrées avec autant de sensibilité à l’écran.    



Notre reco de l’année 

Tout y passe. Que ce soit les soirées aux shots à 2€ avec des lumières néonisées, les tenues absurdes  et une bande-son EDM qui provoque en nous une nostalgie bien cringe, on y est à 100%. On ressent à la fois l’ivresse de la fête, des rires, des souvenirs créés avec ses copines mais également la dissociation dans la découverte d’un monde ultra sexualisé, bien beauf et surtout où en tant que meuf on a l’impression de ne jamais pouvoir se sentir totalement en sécurité. 

Si la super programmation qu’il y a en salle en ce moment ne suffit pas à vous convaincre, on se permet de rajouter un petite couche en vous encourageant à organiser une sortie de groupe avec vos potes (et d’y emmener vos potes mecs tant qu’on y est) et d’aller braver les punaises-de-lit-interdites pour aller découvrir How to have sex. Un film qui nous rappelle que le cinéma est à la fois là pour nous transporter mais aussi pour nous bousculer.