Il faut qu'on parle de cette scène d'Euphoria qui tacle l'injonction à s'aimer
Team Kat <3
Diffusée sur HBO depuis le mois de janvier, la deuxième saison d’Euphoria nous embarque dans des rollercoasters émotionnels à chaque nouvel épisode. Et s’il y a BEAUCOUP de choses à dire sur la série, on a décidé de se concentrer sur une scène qui tacle la positivité toxique et les limites du mouvement body positive. On vous explique !
Des influenceuses qui crient au self love
À la fin de la première saison d’Euphoria, Kat range ses habits de dominatrix et se met en couple avec Ethan, le nice guy de son cours de biologie. Et bien que ça soit le seul couple à peu près sain de la série, on retrouve le personnage de Kat au plus bas au début de cette deuxième saison. La raison de ce mal-être ? Elle se déteste. Mais alors que Kat essaie de naviguer à travers ce sentiment et de le comprendre, elle fait face à une double pression. D’une part, celle de ses amies, qui idéalisent sa love story avec Ethan, d’autre part celle de la société actuelle, qui lui rappelle chaque jour qu’elle devrait s’aimer davantage.
Pour illustrer cette tendance du « love yourself » que l’on voit partout sur les réseaux, une horde d’influenceuses et d’activistes débarquent dans l’esprit de Kat pour lui crier de s’aimer. À les écouter, il suffirait d’agir comme une bad bitch et de faire semblant d’avoir confiance en soi pour y parvenir. Kat a beau crier qu’elle se sent mal et qu’elle se déteste, elles ne veulent rien entendre et la poursuivent jusque dans sa salle de bain en scandant « love yourself ». On aurait presque l’impression de regarder un film d’horreur si cette scène n’était pas si proche de la réalité.
Instagram ou la culture de la positivité toxique
On vous a déjà parlé de la positivité toxique, qui consiste à rejeter tout sentiment désagréable ou douloureux pour le remplacer par de la « fausse » positivité. Fake it until you make it, en gros. Sur Instagram, la positivité toxique s’exprime à coup d’infographies aux couleurs pastel et autres citations inspirantes. L’actualité étant anxiogène, surtout depuis le début de la pandémie, on comprend l’envie de diffuser des messages positifs. Mais si on additionne ces contenus good vibes only aux feeds faussement authentiques ne montrant que les highlights de nos existences, on peut vite se retrouver avec une bonne dose de frustration et de complexes.
Comme l’écrit Beth Ashley pour The Independant, la pression constante à s’aimer, diffusée sur les réseaux sociaux, peut s’avérer épuisante. Pointant du doigt la culture du régime, qui connaît son pic au mois de janvier juste après les fêtes de fin d’année, elle souligne l’importance du travail des activistes body positive qui prônent une représentation plus diverses des corps. Et si certaines personnes entreprennent le défi de s’accepter et de s’aimer davantage, d’autres n’en ont pas forcément l’envie ou la capacité, et c’est ok.
À qui profite (vraiment) le mouvement body positive ?
Dans une interview accordée à Who What Wear, Barbie Ferreira, qui incarne le personnage de Kat dans Euphoria, explique qu’elle n’est pas étrangère à la pression « d’être une personne qui s’aime », illustrée dans la série. Médiatisée depuis son adolescence, à travers sa carrière de mannequin puis d’actrice, elle trouve amusant d’être érigée en icône du mouvement body positive pour le simple fait de porter un crop top. Pour elle, cela représente l’angle mort de la séquence : il ne faut pas confondre la confiance en soi et le fait d’exister dans un corps gros. Porter un vêtement qui dévoile son corps n’est pas un acte politique en soi. Ce qui le serait, c’est que les marques et magazines de mode choisissent d’offrir une plus large représentation de corps et pas seulement de manière opportuniste.
Au-delà des marques et des magazines, on observe que le mouvement body positive se voit de plus en plus réapproprié par des influenceuses correspondant aux standards de beauté normés. On pense par exemple à MyBetterSelf, qui poste des photos d’elle sans maquillage, de son acné ou laissant voir ses vergetures. Et c’est très bien, on ne va pas lui reprocher de le faire. Ce qui est problématique, c’est que ça tend à réduire la portée politique du mouvement body positive et de ses combats, à des “imperfections”. Comme le pointe cet article de Bitch Media, en mettant l’accent uniquement sur le fait de s’accepter et d’aimer son corps tel qu’il est, le discours body positive, lorsqu’il n’est tenu que par des personnes blanches, cisgenres, valides et hétérosexuelles, est dépossédé de sa capacité d’action. Il n’est plus question de faire cesser les discriminations envers les personnes grosses lorsque celleux qui prennent la parole ont une apparence socialement acceptée.
Justine Sebbag







