Le livre qui va vous faire relativiser toutes vos déprimes
So. Sad. Today.
So Sad Today de Melissa Broder est un petit bijou : de créativité, d’angoisse, d’écriture orgasmique. Son autrice, grande dépressive devant l’éternel (c’est elle qui le dit) a lancé en 2012 le compte Twitter @sosadtoday, sur lequel elle balançait tous les jours des petites anecdotes sur sa dépression qui faisaient bien plaiz’ au moral (ou presque). Son livre, issu de ses pérégrinations angoissées, vient d’être traduit en français et il est gé-nial.
Avertissement : Le livre de Melissa Broder est sensible, délicat. Il évoque des thèmes complexes comme la dépression, l’anxiété, l’addiction (à l’alcool et/ou à Internet), l’anorexie, la boulimie, la sexualité, et les histoires d’amours de merde. Et en fait, on a de la chance : la sortie de So Sad Today est l’occasion rêvée pour nous d’aborder des sujets qui nous prennent le chou et nous angoissent tous les jours, sans qu’on sache exactement comment les traiter.
#1 Allô l’angoisse ? Ici la névrose calorique
Compter les calories. Culpabiliser. Se surveiller. Manger moins. Manger plus. Craquer. (...). Les troubles alimentaires touchent de nombreuses femmes (surtout les femmes)... Sur le banc des accusés ? Les injonctions à la beauté et à la maigreur permanentes.
Ce que ça raconte ? Entre injonctions à la beauté, et injonctions à l’acceptation de soi, la tentation est grande de se sentir bad feminist, comme dirait Roxane Gay. Ou comment concilier sa conscience féministe et son incapacité à vouloir être autre chose que mince (allô la névrose ?) tout en ayant littéralement FAIM tout le temps.
“Je suis une mangeuse et probablement une piètre féministe. Je rêve de ce que je mangerais si je m’identifiais comme “homme”, et c’est extrêmement différent de ce que je mange en tant que femme. Je me gaverais de pizzas. Je boirais des cascades de soda - et même pas du light. Si j’estime ne pas avoir droit, en tant que femme, à de la pizza, qu’est-ce que ça révèle de ma vision des femmes ? (...). Je pourrais dire “j’aime mon corps” et me faire passer pour une bonne féministe. Sauf que ça reviendrait uniquement à une chose : faire semblant d’aimer quelque chose que je déteste.”
Je veux me remplir complètement tout en restant mince, p. 26 à 34
#2 Citoyen-nes d’Internet, bonsoir
Réveil. Vous ouvrez votre boîte mail avant même d’avoir quitté le lit (c’est ce que font 40% des femmes aux US), scrollez votre feed Insta’ en faisant couler votre café, checkez la météo en vous brossant les dents, tentez un selfie en 2-2 dans la cabine de l'ascenseur et dégainez votre première Story dans le métro à 9h08. L’histoire de votre vie ? Lisez So Sad Today.
Ce qu’on en retient ? En bonne enfant du siècle numérique, Melissa Broder aborde la thématique de l’addiction à Internet en répondant… à un quiz en ligne (qu’elle retranscrit sur papier). Et l’autrice en connaît un rayon : en devenant le célèbre compte Twitter @sosadtoday, elle a fait de ses angoisses un avatar et une identité en ligne. À mettre en parallèle avec nos fresques sur Insta.
“Comment faire pour survivre à ma sensibilité ? Grâce à Internet, qui me délivrera de mes sentiments. Mais qu’est-ce qui va me délivrer d’Internet ? Je carbure à la dopamine. Je suis un toutou quémandant l’attention de personnes imaginaires. (...) Internet m’a apporté la dopamine, l’attention, l’assurance, la connexion et l’échappatoire que je recherche. Il m’a aussi distraite, déçue, paralysée, et confortée dans une fausse image de moi-même.”
J’ai fait le quiz : “Êtes-vous accro à Internet ?” et la réponse est : oui, pages 76 à 86
#3 “Un texto c’est trop, et mille, ce ne sera jamais assez"
Qu’est-ce que ça veut dire, d’être accro aux gens ? D’être addict aux émotions ? D’aimer l’amour au point d’avoir un artichaut angoissé à la place du coeur ? De tomber amoureuse des posts Instagram d’un-e inconnu-e ? D’attendre le texto de quelqu’un comme le messie quand on ne le connaît que depuis 3 heures ?
Ce qu’on en retient ? En bonne experte des histoires d’amour de merde, déçues ou tout bonnement imaginaires, Melissa Broder partage ses tips ironiques pour en finir avec le fantasme de l’être aimé. Des surnoms de type “cul flasque” à donner à ce type qui vous a brisé le coeur à la possibilité de remplacer cette personne dans votre répertoire par un emoji toilettes : tour de piste des solutions les plus dingues et faramineuses pour enfin mettre un terme à une relation toxique.
“Ces derniers jours, sur mon téléphone, j’ai retiré de mon répertoire la personne à laquelle j’étais le plus accro. C’était une opération difficile, surtout que cette personne était très spéciale : elle m’avait toujours traitée avec respect et gentillesse. Avec cette personne, c’était un amour sincère. Je dirais qu’on était tous les deux amoureux, mais aussi qu’on se shootait mutuellement. Alors, malgré notre amour, j’ai beaucoup souffert, parce qu’on ne peut pas faire en sorte qu’une personne à laquelle on est accro cesse de nous intoxiquer, peu importe son degré d’exception.”
Un texto, c’est trop, et mille, ce ne sera jamais assez, pages 107 à 113;
Mon incapacité à ne plus t'idéaliser se porte bien, pages 137 à 146
#4 En guise de conclusion ?
Quand on a fermé ce livre, on a respiré un grand coup : déjà, parce qu’on l’avait lu d’une traite, en une après-midi, genre le dos courbé, sur la terrasse d’un café, les doigts scrollant les pages à la place du smartphone. Et s’il y a une raison pour laquelle on n’a pas réussi à lâcher ce livre avant de l’avoir terminé, c’est parce qu’on avait rarement lu quelqu’un nous parler aussi bien de ses angoisses.
Alors bien-sûr, si pour vous, tout va bien, ce livre vous prendra peut-être moins aux tripes. Mais on est plutôt sûres, malgré tout, qu’il vous donnera du sentiment : du vrai, celui qu’on ressent quand quelqu’un nous parle avec franchise. Et ce dont on est sûres aussi, c’est que vous le ressortirez de votre bibliothèque : un jour où vous n’aurez pas le moral, ou encore pour le prêter à cette pote qui nage en pleine angoisse existentielle. Et qui comprendra du même coup, que même de ses angoisses les plus profondes, on peut vraiment réussir à rire.







