Les pestes, nos icônes préférées

 

Si vous avez grandi dans les années 2000, vous vous souvenez très certainement des iconiques Jennifer’s Body, High School Musical ou encore Lolita Malgré Moi. Destinés au jeune public comme son nom l’indique, les teen movies représentent un genre bien à part dans le cinéma.

 

Parmi ces films aux personnages féminins omniprésents, les antagonistes sont les archétypes des pestes des lycées américains. Moqueuses, habillées en rose, les garçons à leurs pieds : Sharpay, Jennifer ou Regina George ont tout pour être détestables.

Pourquoi celles qui présentent des féminités flamboyantes sont-elles systématiquement méchantes ? Célia Sauvage, docteure en études médiatiques et audiovisuelles nous explique : « Les personnages ultra-féminins qui acceptent de rester passives et dociles ne sont pas punies dans les productions teen. A contrario, celles qui démontrent une envie de pouvoir, de domination, de contrôle, le seront presque systématiquement. Une femme qui prétend s’attribuer la capacité agissante des hommes, devra être ridiculisée ou vu comme un modèle non positive – une méchante qu’il ne faut pas idolâtrer ».

 

Pourtant, ces personnages ne sont pas toujours les mal-aimés, bien au contraire. Coline, qui se définit comme lesbienne fem (c’est-à-dire féminine) a toujours adoré le personnage de Sharpay dans High School Musical : « Pour moi c’est une mega icône high fem trop puissante parce qu’elle est indépendante et bossy, et en plus chacune de ses tenues sont incroyables ! C’est une fausse méchante à mes yeux, elle est mal-aimée parce qu’elle shine et elle passe pour une meuf bête alors que pas du tout ».

Ces filles en mini-jupes qui n'ont peur ni de leur désir, ni de leur leadership ont servi de modèle à bien des jeunes filles, loin des représentations des filles sages et bien rangées que sont les héroïnes principales.

 

 

Les queers, les vrais cool kids

 

Les personnages féminins antagonistes ne sont pas les seuls vecteurs de représentations empouvoirantes. Les teen séries des années 2000 ont aussi eu leur lot de figures queer, parfois insoupçonnés.

 

C’est le cas de Ryan dans High School Musical, le frère jumeau de Sharpay, personnage efféminé, aimant la danse et le chant et surtout : ami de tous. Armel, jeune homme gay, nous confie en avoir été fan : « Je voulais absolument être lui, les hétéros m’ennuyaient, ils étaient trop moches et tous amoureux. Ryan, c’est lui la vraie star avec sa masculinité féminine. Il dansait, il vibrait de ouf et personne n’était là pour lui dire “t’es pas assez un homme” ou “tu es trop gay” ».

Pour Célia Sauvage, c’est un cas rare : « Très rarement les productions teen ont tenté de normaliser les personnages queer en les intégrant parmi les popular kids mais souvent en continuant à les stigmatiser dans leur apparence. En revanche, la majorité de ces personnages restent dans le placard. Cela permet au public LGBT+ ou en questionnement d'interpréter et de les désirer en secret. Mais ils ne peuvent pas devenir des role models out ce qui maintient les spectateur·rices également dans un placard symbolique. Beaucoup de fans accusent d'ailleurs les créateur·rices de queerbaiting a posteriori ».

 

Dans un registre plus général, les personnages queer-coded comme Janice et Damian dans Lolita Malgré Moi sont eux aussi des icônes pour toute une génération de jeunes LGBTQIA+. Considérés comme loosers mais fières de l’être, ces figures au style décalé et à la personnalité fun ont été de vrais role-model pour certains.

Pour Tamos, bédéaste non-binaire « C’est les seuls vrais cool kids. Iels sont queer, gothique, artistes, paria, plein d’humour, attentionnés et surtout lucides ! C’est un peu les gen z matures d'aujourd'hui je trouve ».

 

 

Des amitiés queer-coded

 

Le sous-texte homoérotiques de certaines amitiés à l’écran restent pour beaucoup des souvenirs inoubliables pour la découverte de leur propre sexualité.

 

Claudia, jeune femme lesbienne, nous témoigne « La relation entre Jennifer et Needy dans Jennifer’s body a été une vraie révélation ! Je me repassais en boucle et en boucle la scène où elles s’embrassaient, c’était une obsession. Maintenant je comprends pourquoi haha ».

Pour d’autres, c’est la relation d’amour-haine qu’entretiennent Regina et Cady avec la phrase culte « Why you’re so obsessed with me? » (Pourquoi es-tu aussi obsédée par moi ?) balancée de l’une à l’autre qui a retenu les attentions et troublé les pensées. Pour Célia Sauvage : «

Les amitiés féminines sont d'abord queer codées car elles présentent l'hétéronormativité comme une source de frustration ou de toxicité ».

 

Envie de les revoir pour se rappeler de bons souvenirs avec un autre regard ? Tous ces films sont dispo sur les plateformes de streaming à la demande ! Jennifer’s Body et les High School Musical sur Disney +, Lolita Malgré moi sur Prime Vidéo.

 



Hanneli Victoire