Pourquoi Diam’s a toujours eu 15 ans d’avance
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Cet été, Diam’s a fêté ses 40 ans, et nous, ses 10 ans d’absence sur la scène musicale… Comme un besoin de combler ce manque et de lui offrir en cadeau d’anniversaire notre reconnaissance éternelle avec cet article qui revient sur son talent de visionnaire. Parce que oui, Mélanie Georgiades a lu dans le cœur du monde et de la France avant tout le monde, et on peut encore apprendre de ses rimes. La preuve en 7 titres.
Les violences faites aux femmes déjà dans La Boulette et Les Mains en l’air
C’est l’un de ses titres les plus forts (qu’on a aussi chanté très fort TMTC), celui qui décrit la génération en rupture, qui sent que le monde part à la dérive, coucou la résonance avec aujourd’hui. C’est aussi un rap qui parle des agressions envers les femmes dans un époque encore sous silence pré #MeToo : “Y’a comme un goût de viol quand je marche dans ma ville, y’a comme un goût de peur chez les meufs de l’an 2000”. Dans Les Mains en l’air aussi, cette phrase : “Et merde mes frères, une femme ça reste une mère”. L’image pour appeler au respect quitte à interpeller, Diam’s était déjà une féministe affirmée.
La santé mentale sans détour dans Feuille blanche et Si c’était le dernier
Si la santé mentale est devenue un sujet plus courant aujourd’hui, en 2006 et en 2009, pas tellement. Pourtant, Diam’s prend déjà la plume pour parler de ses troubles bipolaires qui ruinent ses relations amoureuses : “Tu dis que j'suis schizo' et que c'est ça qui nous détruit”, “Et je m'en veux de nous détruire, mais je m'envole parce que j'ai ce besoin d'écrire et de leur dire que je suis folle”.
Dans Si c’était le dernier, elle raconte sa descente aux enfers et son internement en hôpital psy : “J'ai posé un genou à terre en fin d'année 2007, on m'a dit Mel', soit on t'interne soit on t'enterre”, “Je l'avoue ouais c'est vrai j'ai fait un tour chez les dingues, là où le bonheur se trouve dans des cachetons ou des seringues, là où t'es rien qu'un malade, rien qu'une putain d'ordonnance, au Vésinet, à Saint-Anne t'as p't'être croisé mon ambulance”, “En vrai je suis comme tout le monde mi-sagesse, mi-colère, eux m'ont dit vous êtes malade à vie vous êtes bipolaire”.
L’amour sur les réseaux dans Jeune demoiselle et son intro
Son de l’été 2020 : Jolie nana recherche joli djo. Son de l’été 2006 : Jeune demoiselle recherche un mec mortel. Coïncidence ? Onnncroit pas. Et ça ne serait pas la première fois que Diam’s aurait été plagiée… Vous vous êtes déjà demandé d’où venait le nom de l’app de dating Adopte un mec ? Ne cherchez plus, il suffit d’écouter l’intro parlée de Jeune demoiselle à la fin du titre Feuille Blanche pour entendre Diam’s dire “Viens on adopte, allez vas-y, vas-y j'adopte un keum”. Jeune demoiselle est sorti en 2006, Adopte un mec a été lancé fin 2007… On vous laisse faire le calcul.
A l’époque d’MSN, Diam’s avait donc déjà imaginé les app de rencontres. Qui se souvient du clip de Jeune demoiselle d’ailleurs ? Des mecs derrière des vitrines devant lesquels elle passe avec ses copines avec une pancarte OUI/NON comme un swip left ou right devant un écran. Le tout se termine sur cette phrase “Je t’ai pas trouvé sur la planète, j’te trouverai peut-être sur internet”. Voyante on vous dit.
La montée du racisme en politique avec Marine et Lili
En 2006, alors que Jean-Marie Le Pen fait campagne pour la présidence de 2007, Diam’s est déjà focus sur sa fille, Marine Le Pen. Onze ans avant sa présence au second tour, elle lui dédie un titre, à la fois provocateur et main tendue sans véritable espoir. Elle sait déjà qu’elle suivra les pas de son père.
“Tu sais,
Moi j'suis comme toi,
J'veux qu'on m'écoute.
Et tout comme toi,
J'aimerais que les jeunes se serrent les coudes.
Marine,
T'as un prénom si tendre,
Un vrai prénom d'ange,
Mais dis-moi c'qui te prend.”
(J’emmerde... QUI ?)
Autre prénom, même question de ségrégation : sortie en 2009, Lili raconte avant la “mission laïcité” lancé par Nicolas Sarkozy en 2011 en guerre contre le port du voile, le regard noir de la population française sur le hijab. En 2013, le dernier rapport de cette mission laïcité recommandait l’interdiction du port du voile à l’université. Dans la chanson, Lili voulait faire médecine mais on lui interdit d’étudier : “J'passe ma vie en isolement depuis qu'on me dit que je suis malade, j'ai 16 ans, je m'appelle Lili, j'avais tout pour réussir, un avenir dans la médecine, j'aimais les chiffres et les livres, mais à l'école je suis contagieuse, ils ne veulent plus que j'y aille”.
“Je ne mérite pas que l'on me prive d'études, ou d'éducation, elle n'est pas laïque cette nation, elle craint juste la contagion”, “Car c'est bien là tout le problème, dans le fond je suis aimante, leur seul argument pour vous dire à tous que je suis gênante, c'est de vous dire que je suis l'ennemie, parce que je suis une femme convertie, et que je porte le voile”.
Si cette chanson annonce les débats sans fin sur le port du voile en France, il annonce aussi la conversion de son autrice. Aujourd’hui, Diam’s est Mélanie, une femme musulmane apaisée et heureuse qui prend soin du monde autrement. Et pour faire écho à tous ses combats, toutes ses chansons, on la soutient : il n’y a pas de féminisme sans un féminisme qui inclut les femmes voilées. Diam’s nous l’a appris avant tout le monde. Ouaaaais grosse <3.







