@paris2000s

 

Sorry not sorry

 

Dans une ère ultra libérale, où la notion de « choix » semble être plus que tout mise en avant, le vêtement n’a peut-être jamais autant fait débat. Parce qu’en 2023, porter un crop top est encore jugé “non républicain” (cc Jean-Michel Blanquer), tout autant que le voile qui semble être l’archétype de l’oppression des femmes (spoiler alert : c’est faux). Étonnant aussi, quand dans Quotidien, émission qui se veut « déconstruite » et « woke », les influenceuses Polska et Toutatis subissent encore des critiques quant à leur engagement politique jugé « non légitime » car elles arborent tous les codes de la « bimbo » (on remercie d’ailleurs Polska d’avoir dit les termes). Une femme ne pourrait donc pas être intelligente et assumer une féminité exacerbée.

 

La tendance barbiecore se place alors à contre-pied de ces problématiques : un style sexy, saupoudré de rose, de plastique et de bling bling. Des codes jugés vulgaires mais aussi associés à une féminité passive et superficielle, créés par le patriarcat lui-même. On se rappelle du Gucci de Tom Ford dans les années 1990 caractérisé par un style porno chic, où les femmes n’étaient qu’objet de désir masculin et qui a d’ailleurs très longtemps envahi nos publicités, nos films et nos magazines de mode préférés. Une féminité construite, donc, par et pour le regard masculin.


 

@kimkardashian

 

Pourtant, lorsqu’une femme décide d’assumer sa sexyness mood total look rose, mini jupe, Juicy Couture sur les fesses et lèvres glossy maxi pulpeuses, le patriarcat semble contrarié (oupsi). Ça ne plait pas, car elle ne le fait plus pour le regard de l’homme cis, mais bien (et avant tout) pour elle-même. Bref, le barbiecore met la société patriarcale face à ses propres contradictions.

 

C’est aussi une manière pour nous, en tant que meufs, de s’approprier nos propres référentiels, certes ultra genrés, mais qui ont marqué notre enfance. Peut-on prendre 5 minutes pour se rappeler le kiff qu'étaient les Totally Spies, qui changeaient de tenues plusieurs fois par épisode et qui abattaient les méchants à coup de rouges à lèvres laser et poudriers connectés (ouais, c’était très stylé).

Une nouvelle forme de pouvoir

 

Parce que ce que nous ont surtout appris les Totally Spies, et toutes les autres héroïnes de notre enfance, c’est qu’on peut être stylée et ultra badass en même temps. Il n’y a qu’à faire un tour sur les comptes Instagram des rappeuses Nicky Minaj, Cardi B, Lizzo ou encore Aya Nakamura pour comprendre que porter des faux ongles, des longs cils, des robes ultra moulantes ne font pas d’elles des meufs passives (bien au contraire).

 

Le barbiecore, c’est aussi une manière de rappeler que le vêtement dit « masculin » n’a pas le monopole du pouvoir. On peut tout aussi bien exercer des fonctions à haute responsabilité en portant des robes légères et des faux ongles. On remercie d’ailleurs Cécile Duflot qui s’est ramassé une vague de critiques après être intervenue face à l’Assemblée Nationale en robe à fleurs et décolletée. Un geste banal mais une tenue qui choque le regard masculin qui semble oublier que le pouvoir ne lui appartient pas.

 

@iambilalhassani

 

Barbiequeer

 

Au-delà de nous rappeler qu’on peut être une bad bitch et diriger le monde, le style barbiecore peut aussi être un moyen essentiel pour les femmes trans de faire vivre leur identité à travers les vêtements. C’est également une manière de mieux dealer avec sa dysphorie de genre par un passing ancré dans les codes du genre féminin.

 

Évidemment, cette tendance n’est pas uniquement associée au bien-être des personnes trans mais est aussi, et plus généralement, partie prenante de la culture queer. Par exemple, le voguing, une danse issue de la communauté gay afro-américaine, utilise les pauses des mannequins dans les magazines de mode pour assumer son identité, mais aussi pour rappeler que cette culture était (et l’est encore toujours) exclue de ces milieux.

 

Le barbiecore est donc plus qu’une tendance, c’est un moyen d’affirmer qui l’on est, hors de la société cis-hétéro-patriarcale.

@lizzobeating

 

Oui, mais pas pour tout le monde

 

Même si le barbiecore est une arme féministe hors pair, il n’en reste pas moins qu’elle subit tout de même des biais racistes. Car à l’origine, le nail art, les gemz et autres tenues ultra moulantes étaient des codes qui appartenaient aux femmes noires américaines. Des accessoires jugées vulgaires jusqu’à ce que la société blanche (cc Kim Kardashian) se les approprient et deviennent des icônes du genre. Idem pour les fesses bombées, les seins et lèvres pulpeuses qui sont devenues des idéaux de beauté car arborés par les personnes blanches.

 

En définitive, le barbiecore est une micro-trend qui fait ressortir pas mal de contradictions de notre société patriarcale et raciste et que c’est quand même vachement cool de pouvoir dire f*ck à tout ça à travers des vêtements qui slay (drop the mic).