À la sortie des confinements, j’ai galéré à m’habiller. Vous aussi ? J’avais pris du poids et quand j’ai voulu racheter des fringues, mon imaginaire abreuvé uniquement par les réseaux sociaux, les séries (aka plus par les vrais gens), et mon immense FOMO m’a fait shopper n’importe quoi. Moi qui adore la sape et peaufiner mon style avec des inspi puisées dans l’Antiquité gréco-romaine jusqu’au costume de banquier des 90’s, je me suis retrouvée à tenter un copier coller des tendances du moment façon équilibriste en reconversion.

 

Résultat : je me suis rapidement sentie à côté de la plaque, pas en phase avec mes vêtements ni mon corps, et j’ai commencé à penser que c’était parce que j’étais devenue cheum et dépassée. Ce genre de crise de la trentaine.

Pour calmer mon mal-être et retrouver qui j’étais (et non qui j’avais envie de faire croire que je pouvais être), je me suis lancée dans un vaste programme de rebranding stylistique, à base de moodboards, de nuages de mots et de morpho-colorimétrie. Plus simplement : j’ai essayé de me souvenir de ce que j’aimais vraiment, des styles et des fringues dans lesquels je me sentais confortable, puissante et moi-même. Et tout ce qui ne rentrait pas dans ces cases dans mon armoire, je l’ai donné ou vendu.

 

Al final, il ne me restait plus que des basiques, jeans bruts ou pantalon noir, chemise en lin blanche et tee-shirts, blazers vintages (mon uniforme), bottines chunky ou Converses, quelques colliers et une paire de créoles dorées.

Pour pousser encore plus l’envie de renouveau, j’ai lissé mon carré court. Et quand je me suis pointée comme ça le lendemain au bureau, je n’avais plus l’impression d’être à côté de la plaque, mais au contraire d’avoir my shit together. Je n’ai pas trop réalisé pourquoi au départ, mais quand en discutant avec une pote du fait que je me préférais avec les cheveux lisses, elle m’a dit « C’est normal, c’est le clean look », un truc a appuyé sur le bouton révélation dans mon cerveau.

 

J’ai reconnu dans ma nouvelle dégaine la même que celle des nanas croisées et admirées sur Pinterest. Celles qui semblent avoir leur vie parfaitement en main juste en ayant enfilé un blazer oversize et attaché leurs cheveux dans un chignon bas. Elle continue et m’explique : « C’est simple, efficace, rien ne dépasse, tout semble au carré, nickel, ça donne l’impression de maîtriser le reste de sa vie, ou du moins ça donne cette impression aux autres ». Le fameux fake it until you make it, version fashion.

En m’habillant avec des classiques, je m’évitais le stress de choisir les bonnes associations de tenue le matin - puisque je ne pouvais pas me tromper - et je gagnais aussi du temps que je mettais ailleurs pour me faire du bien. Mais surtout, je me suis rendue compte qu’avec quelques pièces bien choisies, je pouvais me donner un look d’influenceuse l’air de rien, avec pour seul accessoire un sac baguette et un chaï avoine dans l’autre main.

 

Ça fait parisienne superficielle hein ? Sauf que ce look ne m’empêche pas de débattre, de taquiner le second degré avec esprit, de cultiver mon empathie et ma vie culturelle. Au contraire, il me donne plus de temps et de confiance pour le faire. Et voilà comme on retourne une injonction pour en faire un outil de confiance en soi.

 


Laura Dubé