Un brin de littérature pour commencer

 

« L'important, ce n'est pas la destination, mais le voyage en lui-même ». Breaking news : cette citation n’est pas née sur Pinterest mais de la plume de l’écrivain d’aventures Robert Louis Stevenson. En 1879, suite à un grand chagrin d’amour, l’écossais part faire une longue randonnée dans les Cévennes, accompagné d’un âne têtu. Clairement le genre de bail qu’on rêverait de faire après une sale rupture. Pendant sa marche, après des premiers kilomètres difficiles, Stevenson noue finalement un lien très fort avec l’animal.

Éloge de la lenteur, cette expérience racontée dans son livre Voyage avec un âne dans les Cévennes a inspiré à la réalisatrice Caroline Vignal en 2020 l’hilarant et très touchant film Antoinette dans les Cévennes (regardez-le, vraiment). En têtes d’affiche : la géniale Laure Calamy (découverte dans la série Dix pour cent) et l’âne Patrick. La même histoire (ou presque) que celle de Stevenson, racontée sur grand écran à la sauce 21ème siècle, nominée 7 fois aux Césars. Plus cool, tu meurs.

 

 

L’Ardèche et les Cévennes sont-elles le nouveau cool ?

 

La belle maxime de Stevenson résonne aujourd’hui plus fort que jaja. Après deux ans de confinements successifs dans nos petits appartements, à lorgner sur les Stories Insta’ de nos potes partis se confiner au vert, on ne pense qu’à une chose : s’évader. Et plutôt que de se taper un vol interminable (et ultra polluant) pour Bali, Dubaï ou New York, une idée nous trotte en tête : pourquoi ne pas tracer son petit bout de chemin à pieds, à vélo ou en mini-van ?

Signe d’un réel phénomène de société, en 2020 en Europe, la vente de fourgons aménagés a fait un bond de 12%, un record historique. Aussi, selon une récente étude Yougov pour Ford, 74% des Français déclarent avoir de nouvelles envies de voyage, impactées par les mesures sanitaires et les interdictions de se rendre à l’étranger. Les chiffres parlent d’eux même : le grand air et les vacances en mode slow-life, nature et découverte font rêver un paquet de monde. Et plutôt que de nous donner envie de faire de très lointains voyages, les limitations de déplacements nous ont peut-être appris à voir de la beauté dans les paysages de nos chères campagnes françaises.

 

 

Quand la mode se mêle à nos week-ends camping…

 

Comme d’habitude quand un phénomène de société et de nouvelles habitudes émergent, l’industrie de la mode fait un arrêt sur image pour nous dessiner des tenues sur-mesure qui tombent « à point nommé ». Exit les chaussures de ville, les sacs à main et les blazers sortis du pressing, dans leurs nouvelles collections, les créateurs font l’éloge du camping et de la randonnée. Et l’esthétique séduit : dans les rues des grandes villes, on repère une invasion de vêtements techniques, originellement conçus pour la pleine nature. Partout, des chaussures Salomon de randonnée, des vestes Aigle de chasseur, des K-way pour la pluie, des doudounes North Face pour les grands froids ou encore des polaires Patagonia pour lutter contre la clim’ des open-spaces…

Sans parler des gourdes, bobs, claquettes, glacières et autres accessoires fétiches du campeur , qui sont depuis plusieurs saisons déjà largement adoptés par le grand public. Dans cette quête de simplicité, Zara vient de signer une capsule « Into Nature » à petit prix, qui s’inspire de l’esthétique rétro du camping. Lampe tempête en acier, glacière à carreaux, chaise pliante en alu’, sac à dos multifonction pour le pique-nique, gourde en aluminium et sa jolie doublure en feutre… Bref, tout l'attirail du parfait campeur.

 

Même le luxe adopte la tendance, à commencer par Jacquemus qui annonçait récemment sur Instagram une nouvelle collection intitulée La Montagne, à grand renfort de mousquetons, lampes de poche et autres boussole d'aventurière. La maison Isabel Marant quant à elle, dans son dernier défilé homme printemps-été 2022, a dégainé tous les accessoires cheap et décontractés du camping, pour les rendre chics et stylés.

 

 

...et part en roue libre complet

 

Dans le genre, la proposition la moins convaincante est peut-être celle de Gucci, en collaboration avec North Face. Sous prétexte que les deux marques « portent une histoire et des valeurs similaires » (on a cherché lesquelles, on n’a pas trouvé), elles ont décidé fin 2020 de composer ensemble une collection hyper-luxe, inspirée de la marche à pieds en haute montagne.

Dans le désordre : gros sac à dos de rando’ avec son emplacement pour la gourde (3200€ sur StockX), jupe longue matelassée, comme un sac de couchage (1200€), combinaison de ski (1980€), bottines crantées pour la marche (1190€) et bien évidemment : la tente, frappée du logo de la collab’ (2900€). Ça fait cher le week-end de marche dans les Alpes. L’histoire de cette collection est sympathique, elle nous raconte un petit trip en pleine nature, mais c’est surtout un fantasme un peu indécent et hypocrite. En effet, les valeurs simples des randonneurs et des adeptes du camping sont à des kilomètres de celles de l’industrie du luxe, où l’argent règne en maître.

 

Même son de cloche pour K-Way et Veuve Clicquot qui ont repensé la thermos en version clinquante : avec un Ice-Jacket, pour garder au frais sa bouteille de champ’ lors d’un pique-nique champêtre ou d’une virée à la plage. Parce que c’est bien connu, on a tous besoin de garder une bouteille de champagne au frais quand on part en vadrouille. Le prix, bouteille non incluse : 52€. Lol.

 

 

Passer du fantasme à la réalité

 

La question qui reste en suspens : est-on vraiment prêts à braver les kilomètres à pieds ou à vélo, à la simple force de nos muscles ? Et à renoncer au confort d’une chambre d’hôtel pour préférer une petite session de camping sauvage ? Journaliste parisienne et fondatrice de l’agence PLUME Rédaction, Laurianne Melierre a tenté l’expérience à vélo, pour la première fois il y a deux ans avec son amie Marion.

Depuis, elles enchaînent ensemble les virées dans les campagnes françaises et partagent leurs expériences sur une page dédiée @FreetheCycle. Avec leurs conseils pratiques (quelles chaussures emporter, où se désaltérer, comment choisir son vélo ou son lieu de campement…) et leurs billets d’humeur, elles sont devenues pour beaucoup d’entre nous des modèles d’inspiration. De quoi nous filer de vraies envies de road-trip à vélo. Alors, vous partez où cet été ?

 

Louise Des Ligneris