Peut-on guérir d’un viol ou de violences conjugales ?
Courrier de l’introspection #10
Cette semaine Anissa, psychopraticienne en thérapie brève et thérapie conjugale et familiale, répond à L. qui se demande s’il est possible de guérir de traumatismes liés à des violences physiques et psychiques. Pour lui envoyer vos questions, vous pouvez écrire à [email protected].
LA QUESTION
Chère Anissa,
Peut-on réellement guérir d’un viol à l’âge de l’enfance et de violences conjugales à l’âge adulte ? Est-ce qu’une personne qui a subi des choses aussi terribles est et restera dans un schéma de victime toute sa vie ?
Merci pour votre réponse.
LA RÉPONSE
Chère L.,
Les traumatismes de l’intime, les violences physiques et psychologiques et les sévices de toutes sortes sont catégorisés en « traumatismes complexes ». Comme tu le devines probablement, ils peuvent avoir de profondes répercussions à court, moyen et long terme, puisqu'au-delà des traumas physiques et psychiques, il existe des conséquences sur la santé globale de l'individu. Pêle mêle : problèmes de santé sexuelle, états de stress post-traumatique, levées d’amnésies* parfois tardives, dépressions, tentatives de suicide…
Un parcours du combattant
Après un parcours de souffrances psychiques, morales et physiques, ce sont tous les aspects de la vie et des relations qui peuvent être impactés. Ces blessures profondes ne sont pas visibles à l'œil nu, mais elles continuent à vivre et à exister dans le corps physique, le corps émotionnel, le corps énergétique, la conscience et dans les programmations de l’inconscient.
C’est pourquoi la prise en charge de ces psycho-traumatismes requiert des moyens de thérapies pluridisciplinaires, sur la durée, et dans un cadre médico-socio-judiciaire.
Il est possible de guérir
Chaque personne va exprimer sa douleur de façon différente et sur des durées différentes en fonction de son chemin de vie, son éducation, ses filtres de perceptions, son système de valeurs etc. Pour autant, même si pour certaines victimes le chemin de la guérison peut prendre de nombreuses années, il est à mon sens possible de guérir à plusieurs conditions :
- Si un diagnostic et un suivi sont mis en place chez un psychologue ou un psychiatre (selon la gravité des symptômes et les manifestations de la souffrance).
- Si un accompagnement thérapeutique sur-mesure est mis en place sur la durée, en prenant en charge le psycho-corporel dans toutes ses dimensions.
- Si le parcours de soin se prolonge avec de l’EMDR, de la sophrologie, de l’hypnose, de l’énergétique ou encore de l'acupuncture…(ce qui fait sens pour soi, il n’est pas ici question de développer une dépendance aux thérapies, mais bien de choisir ce qui peut aider le parcours de soin)
- Si les soins et les accompagnements sont réguliers et que les professionnels font preuve d’une disponibilité sans faille.
NB : les psychothérapies classiques se basent sur la parole et elles ne sont pas suffisantes à elles seules pour traiter les traumatismes du corps, de l’identité, de l’âme. Les thérapies corporelles et énergétiques considèrent le langage du corps comme des portes d’entrées vers le trauma, puisque c’est essentiellement à travers le corps que l’expérience psychologique se vit et est mise en mémoire.
Les étapes de la guérison
En thérapie, grosso modo, l’objectif est d’intégrer dans la mémoire et dans les mémoires corporelles de la victime que l’évènement est passé et terminé. Pour opérer une forme de reprogrammation, pour renaître à son corps, en reprendre possession, et recréer de l’amour de soi. Puis l’amour des autres et de la vie.
Les axes de travail possible dans l’ordre :
- Comprendre les conséquences « normalisées » qu’un trauma a causé dans dans la vie de la victime (comportements dysfonctionnels, peurs, pensées obsessionnelles etc.)
- Décoder et déprogrammer les scènes traumatiques enkystées dans les mémoires.
- Opérer des pardons vis à vis de soi, et se libérer de la culpabilité.
- Se réapproprier son corps et se réconcilier avec toutes ses parties.
- Travailler sur l’estime de soi et ses aspirations profondes.
- Recréer des relations et postures relationnelles plus justes, douces et bénéfiques.
Sortir du statut de victime
Étant formée aux thérapies brèves, je ne peux que recommander l’appui de ces outils pour accompagner les processus de transformation psychiques et comportementaux, en complément du parcours médical et des psychothérapies dites « classiques ».
La PNL et l’hypnose régressive, lorsqu'elles sont bien menées, s’avèrent efficaces pour transmuter les peurs, les angoisses et les idées noires. Ces thérapies aident également à apprendre à maîtriser les états émotionnels intenses et à développer la confiance en soi. Les thérapies cognitives comportementales sont également indiquées pour traiter certains troubles dûs à des traumatismes intimes.
*levées d’amnésies : c’est ainsi que l’on nomme l’incapacité à se souvenir d’évènements traumatiques (comme des abus, des sévices, des agressions…). C’est une stratégie de survie du cerveau qui fait face à un stress extrême, une forme de protection contre un souvenir que le psychisme ne peut intégrer ou digérer correctement. Des années, voire des dizaines d’années après, les souvenirs traumatiques peuvent refaire surface, le plus souvent de manière brutale et envahissante, avec des sensations, des odeurs, des images, des angoisses, des cauchemars…







