Pourquoi c’est cool de ne jamais rien finir
Jean-Michel à moitié
[REDIFF] La to do list de lundi qu’on reporte à l’identique dans la case du mardi, le linge à moitié trié pour Emmaüs sur le lit, les 3 bouquins qu’on a lâché en cours de route, repris, relaissé tomber : après cet article, vous les regarderez différemment. Parce qu’à partir de maintenant, ce ne sont plus des choses à finir, des preuves de votre inconstance ou de votre fainéantise, c’est un mode de vie à célébrer. Et on n’a pas fini d’en parler.
Cet article, ça fait trois fois qu’on essaye de vous l’écrire, mais vu le titre, faut dire qu’on était un peu biaisées… Il est né d’un visionnage de la mini-série Cher Journal sur Canal+, écrite et réalisée par Anna Apter. Dans le premier épisode, elle raconte qu’elle ne termine jamais rien (ce que sa mère lui reproche abondamment), et entame une réflexion sur cette idée : “J’ai besoin d’avoir des choses à finir pour avancer. Quand j’aurais tout terminé, que me restera t-il ? Le vide. Tu appelles ça de la satisfaction ?”. Le ton est comique, mais l’idée pas tant que ça.
Dans une société productiviste comme la nôtre, prendre le parti de ne rien finir c’est vivre à contre-sens, passer pour une personne paresseuse, peu fiable ou sans aucune volonté. Dur ? Et injuste. Parce que ne rien finir, c’est avant tout la possibilité de tout commencer. C’est l’excitation de la nouveauté, l’élan de tester et découvrir. Pourquoi tirer sa satisfaction dans la fin plutôt que dans le commencement ou le chemin ?
Surtout que dans ce monde où presque tout est possible et accessible pour nous, il nous faudrait mille vies pour tout faire #FOMO. Mais si on accepte de tester, débuter, se lancer, sans forcément concrétiser, alors on peut peut-être en faire rentrer pas mal en une seule.
Ce qui compte finalement, ce n’est pas de devenir peintre à temps complet, de terminer à tout prix un roman, de devenir bilingue en japonais ou de transformer cette idée business en startup florissante, c’est de créer, de laisser une liberté totale à sa créativité, sans pression de réussite, sans contraintes de succès, d’argent, de temps. De kiffer peindre pendant une heure sans vouloir accrocher quoi que ce soit au mur, de coucher ses émotions sur la papier comme une thérapie ou d’inventer un monde fantastique pour voyager en soi, de découvrir avec curiosité une nouvelle langue ou de repenser le monde de l’entreprise plus solidaire et inclusif pour cheminer au fur et à mesure de sa carrière vers ça, à son rythme. Privilégier l’idée et la tentative over la réalisation et le concret, pour une fois.
Si on se force à terminer ce qu’on entreprend, on est aussi obligé·e de formater son projet en fonction des limites du possible, et on bride donc son imagination. Et puis si on s’installe face à son chevalet pour se faire plaisir, se forcer quand on perd la motiv’ ou quand on ne le sent plus, c’est carrément contre-productif (justement). “Il faut toujours finir ce qu’on a commencé” ? Nop. On n’a pas assez de temps pour poursuivre la mort dans l’âme un truc qui ne nous apporte que de la peine ou de la frustration. Ce n’est pas un manque de courage ou de volonté, c’est se connaître et s’écouter.
Et même si c’est de la flemme d’ailleurs, il n’y a rien de mal à ça. Stop se mettre la pression pour tout réussir avant 30 ans. Parfois on se lance dans de grands projets qui deviennent trop grands pour nous, qui nous fatiguent et nous demandent trop par rapport à ce qu’ils nous apportent. Ne pas aller jusqu’au bout, c’est aussi pour ne pas aller au bout de soi. C’est de l’humilité dédié au self-care. Et on vous laissera sur cette punchline, histoire de montrer l’exemple ;).







