La question

 

Bonjour Anissa,

J’imagine que vous aurez une tonne de mails, mais je vous en serais très reconnaissante de m’éclairer : pourquoi j’ai tellement du mal à faire des changements ? Même ceux qui peuvent améliorer ma vie (ou certains aspects au moins). C’est vraiment très frustrant parfois.

Merci de votre temps et de votre écoute.

R.

La réponse

 

 

Chère R,

 

Originellement, nous sommes programmés pour être des champions de l'adaptation et du changement. Pourtant notre cerveau fait face à un gros paradoxe : d’un côté, il aime la nouveauté, dont il a besoin pour rester vigoureux et vivre dans un environnement en perpétuel mouvement. De l’autre, il n'aime pas forcément modifier ses habitudes. Il est ancré dans notre nature d’éviter de faire des choix difficiles et d’opérer de grands changements. C’est pourquoi nous sommes si nombreux à opérer des changements qu’en y étant véritablement contraint, au bord du précipice voire au bout du rouleau.

 

Là où ça pose véritablement problème, c’est lorsque certaines personnes résistent tout le temps, évitent tous types d’inconforts ou d’épreuves… et qu’iels en font une posture de vie.

 

 

Nos principaux obstacles au changement

 

Bien que nous disposons TOUS naturellement d’aptitudes à nous adapter, apprendre, réagir, nous corriger…ainsi que de neurones malléables et de ressources personnelles pour engager les changements bénéfiques pour soi, nombreux sont les freins inconscients qui nous empêchent de passer à l’action.

 

Tout d’abord parce que se projeter vers des contextes de bénéfices ou d'épanouissements potentiels nécessite de très gros efforts au psychisme. Pour lui c’est un véritable travail de projection et pour ce faire il a besoin d’éléments de preuves tangibles. Nous sommes cablés de telle manière que nous avons besoin de savoir où on va et où on met les pieds.

 

Ensuite, parce que notre esprit est naturellement plus sensible aux pertes qu'aux gains. Dans la plupart des situations de changements, nous percevons automatiquement ce que nous pensons que nous allons perdre. Sous l’impulsion de notre inconscient surprotecteur, la perception et l'anticipation de nos pertes éventuelles se font intuitivement et sans aucun effort, contrairement au travail de projection vers les bénéfices.

 

Et surtout : les croyances limitantes que nous développons tout au long de nos expériences et au sein de nos environnements de vie renforcent certaines postures face à la vie : posture d’attente, d’évitement, de fuite ou de déni de son mal-être, posture victimaire, défaitiste. (ex : “c’est trop tard pour changer”, “je ne peux rien y faire”, “je suis trop habituée je n’arriverai pas à vivre différemment”, “c’est ma nature je ne peux pas changer”, “j’ai été éduquée comme ça”, “je ne suis pas assez forte”...etc).

 

J’ajouterais ceci : nous sommes peu nombreux à nous frotter à l’adversité dans nos vies. Nous recherchons en permanence la facilité et le confort… et pourtant, le doux ronron du confort tue nos ressources intérieures, notre capacité à nous débrouiller, à être créatif et adaptables. Il contribue au manque de confiance en soi. Trop béquillés par les parents, la famille, par l’employeur, les amis (et pour certains la fuite dans les substances…), certains n’ont pas eu à se frotter suffisamment au réel et à éprouver leur propre boîte à outils intérieure. Je constate que de nombreux adultes de tous les âges souffrent d’un manque d’autonomie et de proactivité qui se manifeste dans la soumission très forte à la norme sociale, au groupe, dont iels attendent qu’il agissent, les conseillent, les portent et parfois prennent les décisions pour eux…

 

En d’autre terme, nous disposons d’une artillerie lourde pour faire de la résistance au changement, qui fait échouer nos raisonnements les plus rationnels, en nous maintenant à notre insu dans une sorte de conservatisme. Rendant ainsi l’adaptation puis le passage à l’action plus difficiles.

 

 

Quand on veut… on ne peut pas toujours ?

 

Un peu de jargon scientifique pour comprendre ce qui se joue : tout changement remet en question l’équilibre intérieur construit au fil du temps, appelé “homéostasie”. C’est un mécanisme de protection instinctif incluant nos circuits fonctionnels et émotionnels les plus primitifs, qui recherchent un équilibre en nous maintenant dans un fonctionnement facile et connu. Même quand celui-ci nous est inconfortable ou néfaste.

 

Par exemple : certains maintiennent l'homéostasie d’un couple dysfonctionnel, toxique ou malheureux pour garder un confort matériel, le confort des habitudes, une image, malgré l’absence de connexion et leur insatisfaction latente. D’autres maintiennent l'homéostasie d’un job énergivore, monotone ou pesant, pour garder le confort des automatismes, une représentation ou prestige social, malgré leur mal-être et l’ennui profond qu’iels ressentent depuis belle lurette.

 

Du coup lorsqu’il s’agit d’engager le changement,l’esprit aura tendance à privilégier automatiquement :

 

☼ le connu, synonyme de sécurité

☼ les habitudes, les automatismes, la fameuse zone de confort

☼ les raccourcis, les croyances limitantes

☼ les peurs irrationnelles

☼ les biais de conformité sociale

 

Fort heureusement nous ne sommes pas prisonniers de ces mécanismes. Avec un peu de courage et de proactivité (voire d’un accompagnement dédié en thérapie brève et en coaching) nous pouvons TOUS (ré)apprendre à apprivoiser nos zones d’inconfort à différents moments de notre vie. Simplement parce que nous disposons TOUS de ressources personnelles qui ne demandent qu’à être activées.

 

 

Mettre en place les changements souhaités

 

Avant de mettre en oeuvre un changement important pour toi, je te propose un protocole en deux temps.

 

++1/ Un examen de conscience à l’écrit ++

☼ Je te propose d’aller creuser et comprendre tes motivations profondes, questionner pourquoi tu fais ce que tu fais et en quoi c’est important pour toi.

☼ Ensuite, allons conscientiser vers quelle finalité cela converge et quels buts cela nourrit (destination finale, puis chaque paliers d’évolution)

☼ Important : visualiser et te projeter sur la manière dont ce changement va changer ta vie, tes émotions, ton rapport au monde. Ce que tu vas y gagner très concrètement dans les différents aspects de ta vie (psycho, social, ressentis, relations, matériel etc…). La dimension psycho-corporelle est très importante dans toute projection.

☼ Enfin : identifier toutes les manières dont tu vas pouvoir t’auto-saboter…les conscientiser pour ensuite les éviter ;)

 

2/ Une organisation et des actions dédiées

☼ Peu importe la nature de ton changement, il sera indispensable d’obtenir un max d’informations sur ton sujet, ton projet, ton prochain move

☼ Point crucial : faire une détermination d’objectifs comme une pro, pour savoir où, comment, quand tu y vas (et avec qui).

☼ Ensuite, formaliser un plan d’action concret par étapes et te fixer des dates butoires va te permettre de créer et baliser ton chemin.

☼ Dans le même temps, la mise en place d’une organisation adéquate et de nouvelles petites habitudes quotidiennes vertueuses dans le sens de tes objectifs va te maintenir dans l’action, et dans la bonne direction.

☼ Super bonus: rencontrer et fréquenter des personnes qui ont déjà réalisé ce vers quoi tu te diriges, des profils bien en phase avec tes objectifs et tes aspirations, te serviront de guidance, de modèle et de motivation. Indispensables pour développer un état d’esprit déterminé et garder le cap.

 

NB : engager de grands changements en demeurant dans le même cercle relationnel peut être un frein dans certains cas, si tes fréquentations vivent dans une forme d’immobilisme, de conformité, te renvoient de la peur, du jugement voire de la négativité quant à tes initiatives, ou exercent une forme d’influence nocive dans ton mode de vie.

 

Et enfin, ce que je préconise vivement à tous les âges et tout au long de sa vie est de se frotter à l’adversité de temps à autre, avec comme moteur de fond de se rendre fier.e de soi un peu plus et de se voir progresser.

 

Se frotter à l’adversité consiste à se challenger sur ce qui nous fait peur, nous semble inaccessible. Des sports, des formations, des projets personnels, entrepreneuriaux. Cela peut aussi passer par abandonner une mauvaise habitude chez soi, une addiction, un comportement. Ou encore prendre toujours plus de décisions sans consulter ses proches, résoudre ses problèmes en autonomie. Prendre des initiatives par et pour soi-même. Et d’y aller franco, d’y mettre le paquet !

 

Tout cela sera d’une aide précieuse pour cultiver petit à petit un mental plus robuste, ainsi que des aptitudes au lâcher prise, à l’adaptation, la responsabilisation, la proactivité, l’autonomie et l’audace.