Croyances limitantes : c’est quoi, en fait ?

 

Vous en avez peut-être déjà entendu parler (le mot traîne dans la psycho-zone depuis quelques années), mais reprenons par les bases quand même : les croyances limitantes, ce sont, grosso modo, ces idées qui, à force d’être cultivées chez nous, ont grandi comme des mauvaises herbes.

 

Pour affiner un peu le propos, disons que le concept de croyance limitante n’a pas de véritable définition à priori. Mais qu’il repose sur l’idée de croyance (duh), et qu’il y a donc là-dedans quelque chose d’irrationnel mais qui tient d’une conviction profonde (que ce soit le fait que Dieu existe ou que Darmanin ne pourra jamais se présenter aux élections présidentielles).

 

À la fin de son roman Thérapie de Group(i)e, l’autrice Laetitia Loreni les définit ainsi : « Il s’agit d’une certitude, acquise au fil du temps, résultant de certains traumatismes ou habitudes, et qui vous freine dans votre évolution ».

 

Bref : ce sont ces pensées qui sont donc devenues des croyances type « je ne suis pas capable de faire du vélo » ou (even worse) « je ne suis pas assez compétente pour demander une augmentation de salaire ».

 

Peur de l’échec, syndrome de l’imposteur et injonctions en tous genres

 

En fait, on peut très facilement ajouter dans la galaxie des croyances limitantes la trop bien connue peur de l’échec (coucou et pas merci la pression à la réussite sociale), et son cousin bien handicapant pour déployer et développer ses talents, aka le syndrome de l’imposteur (poke le manque d’estime de soi, on te voit).

 

Ceci étant dit (et comme d’hab) nos sociétés sont blindées d’injonctions contradictoires. Ainsi, on ne peut pas s’empêcher de vous dire que même si il est évident que le flip total de l’échec et le syndrome de l’imposteur sont des fckn pourritures de l’existence… Il devient difficile de vous aider à vous en débarrasser sans tomber encore dans ce fichu argument du « faut sortir de sa zone de confort ».

 

DONC, reprenons : nous vivons dans un monde qui tend à nous fourrer bien profond dans le crâne des idées qui tendent à nous brimer… Mais qui passe pour autant son temps à nous rappeler que nous pourrions faire mieux et nous dépasser davantage pour donner le « meilleur de nous-mêmes ».

 

Vous voyez venir le problème ? Le culte de la performance et de la réussite nous enferment ainsi dans un cercle vicieux de type : a) « faut que j’y arrive » mais, b) « faut tellement que j’y arrive que du coup je me fous la pression », ce quoi nous mène au petit : c) « faut pas que je merde mais je le sens : je ne vais pas y arriver ».

 

Euh…Oui. Clairement, avec un bordel pareil, on a toustes besoin d’aller faire une thérapie.

 

Se construire socialement en tant que femme : le combo (pas) gagnant

 

Maintenant qu’on vient de vous présenter la recette du fameux cocktail des croyances limitantes, ajoutons-y une couche.

 

Car le constat en 2023 est toujours (bien bien) là : se construire socialement en tant que femme, c’est se bâtir sur un archipel de croyances limitantes. Parce qu’on associe aux personnes désignées comme femmes des « qualités » (douceur, gentillesse, émotivité - lol)... Mais aussi (et surtout) des limites. Bref : il est clairement moins fréquent d’entendre une petite fille rêver d’être Présidente de la République qu’un garçon du même âge.

 

Funny though, surtout quand on sait que les « filles » sont bien plus enclines à avoir de meilleurs résultats à l’école et à disposer de meilleurs taux de réussite aux examens, comme le rappellent les données du ministère de l’Éducation cette année encore.

 

Le rapport explique qu’à « la sortie de la formation initiale, les femmes sont davantage diplômées que les hommes (...).» Le fond du problème ? Bien que 31% des femmes contre 21% des hommes sortent diplômé·es d’un master et plus (doctorat, diplôme d’écoles d’ingénieur ou de commerce)... Disons qu’une fois arrivé·es sur le marché du travail, la douche est plutôt de type froide.

 

Les personnes qui se construisent socialement en tant que femmes sont meilleures dans leurs études… Mais comme le montre cette étude des chercheurs de UCL (Imperial College London) sur un groupe mixte d’élèves de 15 à 16 ans, les garçons ont des projets bien plus ambitieux que les filles.

Pourquoi on vous dit tout ça ? Pour bien poser le contexte. Car ce que l’on appelle les « croyances limitantes » ne viennent pas de nulle part. Elles sont tentaculairement imprégnées dans notre éducation et ce depuis notre plus jeune âge. Pas étonnant qu’on finisse par se dire qu’on « ne va pas y arriver », du coup ?

 

Limiter ou militer ?

 

On en a (heureusement) beaucoup parlé ces dernières années : il est plus que jamais capital de donner l’opportunité aux personnes de se rêver comme elles le veulent quel que soit leur genre. Parce qu’il suffit de bouger quatre lettres pour transformer « limitantes » en « militantes ».

 

Et c’est pour cette raison qu’on ne peut que vous donner cette réponse (partielle) au pourquoi du comment se débarrasser de ses croyances limitantes. Car il n’y a pas de vraie réponse à la question. Pas de vraie recette psycho-new-age dans laquelle s’embarquer comme la loi de l’attraction (on a dit non).

 

La seule chose que nous pouvons faire, c’est ce que nous faisons d’ailleurs déjà : faire bouger les lignes en revendiquant de nouvelles valeurs et de nouveaux horizons désirables.

 

En mettant en avant l’importance de prendre soin de soi et en n’hésitant pas à évoquer les difficultés que cela implique. En faisant du care, du soin de l’autre et des autres, un point central de nos rapport humains - de l’intime au politique. En bâtissant autrement nos idées et idéaux en ce qui concerne l’amour, l’amitié, la famille… Et la fckn « réussite ».

 

Alors vive les croyances militantes.

 

I. Maalèj