Qu’est ce qu’on appelle vraiment “handicap” ?

 

En France, le handicap est définit par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances de cette façon : « Constitue un handicap, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ».

Il y a deux choses méga importantes et trop souvent oubliées dans cette définition :

 

1/ le handicap n’est pas forcément moteur, intellectuel ou sensoriel (= surdité, malvoyance), être atteint·e de cancer ou de dépression par exemple, c’est aussi être en situation de handicap (et oui)

2/ comme le rappelle l’OMS, le handicap n’est pas simplement un problème de santé, il s’agit d’un phénomène complexe lié à l’interaction entre les caractéristiques physiques ou mentales d’une personne et la société dans laquelle elle vit. Le problème ne vient donc pas du handicap, mais de la non-adaptation de la société aux besoins de tout le monde (vu comme ça…).

 

 

C’est quoi le validisme ?

 

Le validisme (ou ableism en anglais) c’est l'oppression systémique des personnes en situation de handicap (ça vient du mot “valide” qui désigne les personnes qui ne sont pas en situation de handicap). Ça passe par l’invisibilisation des personnes en situation de handicap dans l’espace public et médiatique, le fait que l’espace public soit zéro adapté aux personnes en fauteuil, malentendantes ou malvoyantes, et bien sûr, la discrimination claire et nette, comme celle qu’a subi très récemment Mathilde avec son Handi’Chien Lol quand deux patrons d’un café lui ont strictement refusé l’entrée, alors qu’iels étaient obligé·e·s par la loi de la servir.

L’autrice paraplégique Marina Carlos a récemment auto-publié un livre illustré sur ce sujet : Je vais m’arranger, comment le validisme impacte la vie des personnes handicapées. 80 pages d’anecdotes, de coups de gueule, de réf de pop culture et de pistes inclusives pour comprendre le quotidien des personnes en situation de handicap moteur et ajouter cette réflexion à ses combats.

 

 

Et si on écoutait vraiment les besoins de tout le monde ?

 

Parce que réfléchir à l’anti-validisme, c’est aussi imaginer une société qui pense à et prend soin de tout le monde. Bye bye le truc généralisé qui tej les différences pour faire rentrer tout le monde dans le même moule (erk), coucou les découvertes de personnalité et particularités à chaque coin de rue #enrichissementasonmax.

 

Et en vous disant ça... on a bien sûr une petite idée derrière la tête : parler cul. Parce qu’en lisant des récits de personnes en situations de handicap ou de leur partenaire rapport au sexe, on se rend compte finalement qu’elles ont des besoins particuliers, des désirs bien à elles, des choses qu’elles peuvent/veulent faire ou non. Mais dis donc, un peu comme tout le monde en fait ! On a juste trop l’habitude de calquer le même modèle (hétéronormé) sur chaque partenaire sans vraiment y réfléchir, ce qui est aussi discriminant pour les personnes trans et queer.

Si on part du principe qu’une personne en situation de handicap peut avoir des besoins particuliers au lit, pourquoi ne pas penser comme ça pour tout le monde #inclusivityrealm ?

 

 

Ce qui aurait été légalisé depuis longtemps si on écoutait les personnes en situation de handicap

 

En parlant de ce que l’inclusion des personnes en situation de handicap peut apporter à notre réflexion, parlons légalisation. Si elles avaient été écoutées depuis longtemps par le gouvernement, we mean vraiment écoutées, de nombreuses avancées sociales seraient déjà parmi nous :

 

1/ la weed ne serait plus un marché noir mais un marché de soin pour aider les personnes qui souffrent d'arthrose, de Parkinson, d’épilepsie, de cancer et on en passe.

2/ la PMA n’aurait pas mis si longtemps à arriver et la GPA (Gestation Pour Autrui grâce à des mères porteuses) serait déjà sur la table car de nombreuses personnes handicapées moteur ne peuvent porter un enfant mais souhaitent et peuvent largement devenir parents.

 

3/ la prostitution serait légale et encadrée car pour de nombreuses personnes en situation de handicap, les relations intimes sont un parcours du combattant. Et les assistant·e·s sexuel·le·s ne seraient pas considéré·e·s comme des travailleur·se·s du sexe et donc illégaux·les, car c’est un métier de soin essentiel à l’épanouissement physique et mental de milliers de personnes. A ce sujet d’ailleurs, on vous conseille le très bon film The Sessions inspiré d’une histoire vraie.

 

4/ le suicide assisté ne serait pas si tabou, et on n’aurait pas à voyager jusqu’en Suisse pour avoir le choix final sur notre propre vie, ou à supporter la douleur d’un jugement comme Marie Humbert qui a aidé son fils à mourir. Devenu tétraplégique, aveugle et muet à la suite d’un accident de la route à 19 ans, Laurent Humbert avait réclamé son droit de mourir à Jacques Chirac alors Président de la République, qui lui avait refusé.

Ces quatre avancées sociales sont importantes parce qu’il s’agit de reconnaître et protéger ce qui est déjà là #antihypocrisie : la France est le plus gros consommateur de weed en Europe, les personnes qui en ont les moyens font déjà des PMA en Espagne et des GPA aux Etats-Unis, la prostitution existe et Jacqueline Jencquel nous montrait en 2018 qu’il y a des personnes en France qui veulent avoir le droit de mourir comme et quand elles veulent, sans être malades pour autant.

 

 

Qu’est-ce que le Covid a changé ?

 

On n’y pense pas beaucoup, mais le Coronavirus, le confinement et toutes les mesures sanitaires ont compliqué x10 la vie des personnes en situation de handicap. Prenez les personnes malentendantes par exemple : impossible de communiquer quand tout le monde porte un masque et que leur unique source d’info c’est la lecture sur les lèvres. Le masque devient un handicap supplémentaire (parce qu’on ne pense pas assez aux besoins de chacun·e).

Heureusement depuis, des startups ont créé des masques lavables transparents. Mais pourquoi ne pas créer une option langue des signes au collège et au lycée pour les personnes entendantes aussi ? En attendant la bonne nouvelle, on vous met ici une vidéo sur les bases de la politesse en langue des signes. Ça prend 5 minutes, et ça peut toucher beaucoup de monde. Et si vous voulez aller plus loin, demain commence justement une grande université d'été en ligne sur l'inclusion des personnes en situation de handicap. Toutes les infos sont ici, ça serait dommage de passer à côté ;).