« Iel », ça sort d’où ?

 

Issu de la contraction des pronoms personnels « il » et « elle », ce mot a été créé au début des années 2010 par la communauté LGBTQ+ pour désigner les personnes non-binaires, c’est-à-dire qui ne s’identifient ni comme un homme, ni comme une femme. Même s’il est encore peu utilisé, les documentalistes du Robert ont remarqués que de plus en plus de gens cherchaient une définition sur internet de ce pronom, ils ont donc décidé d’en donner une définition en ligne.

 

 

Pourquoi ça fait débat ?

 

Globalement, les gens contre « iel » luttent aussi contre l’écriture inclusive. Parmi les politiques, le député François Jolivet a été le premier à se révolter en publiant une lettre destinée à l’Académie Française dans laquelle il s’indigne de cette initiative qui « aboutit à une langue souillée, qui désunit ses usagers plutôt que de les rassembler ».

Le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer l’a ensuite soutenu en tweetant : « L’écriture inclusive n’est pas l’avenir de la langue française », puis en disant qu’il ne fallait pas « triturer la langue ». De son côté, la première dame Brigitte Macron trouve que « deux pronoms c’est bien ».

 

 

Et les gens « pour » disent quoi ?

 

Ils pensent que c’est un progrès, comme la ministre chargée de l’égalité femmes-hommes Elisabeth Moreno pour qui « c’est un enrichissement de la langue ». Mais surtout l’ajout de ce pronom est important car, comme l’explique la linguiste Julie Neveux, certaines personnes en ont « besoin » parce que ça leur permet un « respect de leur identité ». Et ça concerne finalement pas mal de gens : 22% des jeunes de 18-30 ans ne se reconnaissent pas dans les deux catégories de genre hommes / femmes, d’après une enquête IFOP de novembre 2020.

 

 

Qui répond quoi aux critiques ?

 

Le directeur du Robert a expliqué que c’était le premier rôle d’un dictionnaire d’étudier l’évolution de la langue et donc de répertorier les nouveaux mots et de préciser leur sens. Selon lui : « Définir les mots qui disent le monde, c'est aider à mieux le comprendre ».

Pour Julie Neveux, le fait que la langue change prouve que l’évolution de la société est prise en compte, et qu’on avait besoin de ce pronom pour désigner une « nouvelle forme d’identité (...), une notion du neutre qui aille au-delà d’une simple distinction entre le féminin et le masculin. »

 

 

Et comment on l’utilise ?

 

Au singulier, on peut décider de l’employer pour parler d’une personne non-binaire, et au pluriel, ça peut être pratique quand on utilise le langage inclusif pour parler d’un groupe mixte, « Iels sont partis tard hier soir » par exemple. En revanche, pour ce qui est de la conjugaison ou des accords – est-ce qu’on doit dire « iel est belle » ou « iel est beau » ? – c’est encore « flottant » précise Julie Neveux. Très concrètement, la linguiste accorde au masculin parce que c’est « la forme la moins marquée en français », mais son conseil, si on a la personne non-binaire en face de nous, c’est de lui demander ce qu’elle préfère.


 

Olivia Sorrel Dejerine