Comment la routine est passée de boring à trendy
All day everyday
Quid des articles types “5 conseils pour sortir de la routine” quand on s’ennuyait un peu trop un dimanche aprem ou qu’on se posait des questions sur notre couple ? C’est comme si Google les avait avalés, puis changé de régime : aujourd’hui c’est l’inverse, on chope des conseils pour mettre des routines en place. Morning routine, beauty routine, routine de lecture, sportive ou self-care… Le menu est long. Héritée du healthy living mais aussi de l’angoisse post-confinements, la routine est passée de train-train flippant à rituel-refuge, on réfléchit au pourquoi du comment.
La routine comme remède au stress
Il n’y a pas si longtemps, la routine c’était ce truc chiant, insidieux, latent, killer de relation dont il fallait absolument s’échapper. En jeu ? Notre couple, notre épanouissement perso, notre intérêt aux yeux des autres. Il ne fallait surtout pas être planplan, absolument cultiver l’imprévu, la surprise, la dernière minute, histoire de passer au max pour quelqu’un de dynamique, intuitif·ve, libre, pétillant·e, surtout pas coincé·e.
Mais dans une société de l’incertain - pour ne pas dire du chaos - le cadre et les habitudes sont des valeurs refuge. En mars, l’OMS dévoilait que les cas d’anxiété et de dépression ont augmenté de 25% dans le monde à cause de la pandémie. Pas étonnant que la mode de la routine revienne au galop.
Comme rassure la philosophe Claire Marin dans un entretien pour Le Monde à propos du stress post Covid : « Si notre vie est devenue brutalement anormale, nous pouvons - c’est la force de tout être vivant - y recréer de nouvelles normes, en inventer une autre dont le rythme sera d’ailleurs peut-être moins oppressant que celui que nous imposait notre existence jusqu’alors. Et sur ce point, on peut s’appuyer sur la force de l’habitude et sur les rituels qui posent des cadres ».
Au nom du self care et du healthy spirit
Les confinements ont en effet transformé une contrainte en nouvel équilibre. La routine est devenue un doudou pour notre santé mentale, une nouvelle zone de confort, mais aussi un bonus auto-fierté si on tient nos bonnes résolutions. Héritée de l’ère du healthy living dont on vous parlait dans cet article, l’institutionnalisation de la routine (beauté, sportive, culturelle…) a aussi lentement remplacé le FOMO. On retire maintenant davantage de fierté d’avoir maintenue sa séance de yoga et d’avoir mangé sainement la veille que d’être sorti jusqu’au bout de la nuit. Et c’est aussi ce que valorise les réseaux sociaux…
Bien qu’en étant une dérive bardée d’injonctions, le healthy living découle aussi du développement du self care. Un terme qui a pris une place considérable dans nos discours et nos usages. Et quand quelque chose prend beaucoup d’importance dans notre quotidien en tant que société - d’autant plus lorsque c’est lié à l’intime comme ici ou comme la religion, les repas ou le couple par exemple - on a tendance à le ritualiser. La prière devient une salutation au soleil ou un mantra dans son carnet de gratitude, le « À taaaable » s’est fait remplacé par le jeûne intermittent, la soirée Koh Lanta en amoureux·ses par un late footing.
Comme le décrit le sociologue Salvador Juan : « La routine renvoie aux automatismes que chacun met en place, tant pour se protéger de l’incertitude menaçante que pour éviter le poids des petites décisions permanentes, libérant ainsi l’énergie vitale et une possible créativité ». Donc on peut autant voir dans ces nouvelles routines une fournée d’injonctions, qu’une façon d’apaiser son stress, de se rassurer mais aussi de trouver une organisation automatique qui nous convient, nous fait du bien et nous permet de consacrer plus de temps aux choses qui nous importent vraiment, comme nos relations et nos passions.
Et si on peut prendre de cours la routine qui nous barbe en installant des routines qui nous font kiffer, vraiment, on s’y met today.







