Depuis quand nos anniversaires sont devenus des deadlines ?
Happy pression
À 15 ans vous pensiez : dans 10 ans, je serai dans LA boîte de mes rêves, nan, j’aurai MONTÉ ma boîte ; je vivrais à Los Angeles dans un appart’ vue mer ; j’aurais écrit un livre, fait de la télé, un plan à 3, abouti ma recherche graphique de signature d’adulte et serai engaged au futur co-parent de mes 4 Samoyèdes. Même que vous aviez soigneusement consigné tout ça dans un carnet sans spirales.
À 25 ans, vous vous relisez vous vous dites : MUAHAHAHAHA.
Puis, un peu plus tard en y repensant sans faire exprès, les angoisses et la culpabilité font virer votre rire au jaune. Vous comparez vos achievements à ceux prog par votre vous ado et ressentez fort que les années s’accumulent désagréablement plus vite que les lignes sur le CV. Mais quand est-ce qu’on a commencé à confondre bougies et bullet points pour se mettre une pression pareille ?
Quand on a fait l’erreur de comparer nos rêves d’il y a 10 ans avec notre vie maintenant
Parce que, pendant ces 10 ans, on a grandi·e, changé·e, évolué·e. Et nos aspirations ne sont donc plus les mêmes. Et c’est logique en fait. On n’a pas “abandonné nos rêves d’ado”, on vit au présent des joies, des victoires, des amours qu’on n’aurait parfois même pas imaginées, et on vise d’autres expériences, d’autres objectifs pour notre futur.
Changer d’avis c’est ok, c’est même conseillé, et plus on accepte le changement, plus on s’accepte soi avec toute sa complexité et sa mutabilité. Et tout ça évidemment, prend du temps. Mais il vaut mieux prendre le temps de créer et vivre une vie qui nous convient au fur et à mesure, que de se presser de fabriquer celle de quelqu’un d’autre (aka, notre nous d’il y a 10 piges).
Quand on s’est fixé les objectifs de toute une société plutôt que les nôtres
Souvent, avant nous-même, les personnes qui nous mettent le plus la pression font partie de notre entourage, lui-même mis sous pression par les attentes de la société occidentale. Sauf que cette société nous ressemble de moins en moins. Il faudrait “monter en grade” au sein de notre entreprise, alors qu’on en change tous les 3 ans (et de plan de carrière tous les 5). Il faudrait “trouver chaussure à son pied” et se marier, quand on passe notre temps à remettre en question le modèle hétéronormé, à ouvrir nos relations et à explorer le spectre des sexualités.
Il faudrait faire des enfants, alors qu’on fait des études de plus en plus tard, qu’on monte notre boîte, ou qu’on ne veut juste pas d’enfant. Il faudrait “investir dans la pierre”, alors que les prix de l’immobilier sont aberrants, qu’on préfère voyager à travers le monde ou imaginer des tiers-lieu en habitation légère.
Se mettre la pression sur ces “grands sujets” c’est se mettre une pression pour rentrer dans un moule pas fait pour nous. Le carré dans le rond, ça n’a jamais marché. Les cases bien délimitées pour les remises en question, non plus.
Quand on a oublié de vivre au présent à force de planifier
Se fixer des objectifs rébarbatifs, c’est aussi s’empêcher de vivre entre-temps : arrêtez d’attendre l’été, de perdre du poids, d’être en couple… Les autres saisons méritent d’être vécues, vous n’avez pas besoin de perdre 10 kil pour vous offrir une session shopping, et oui vous pouvez voyager ou prendre des cours de danse en solo.
Faites les choses quand vous avez envie de les faire, n’attendez pas que l’univers se range docilement dans des cases dessinées par vos inquiétudes, ça n’arrivera pas. L’univers est un chaos magnifique, prenez-le comme il vient et faites-vous confiance sur le chemin, faites des choses qui vous font plaisir au quotidien.
Quand on a cru que la vie se terminait à 30 ans
Not your fault : on nous a beaucoup trop répété que si on n’avait pas fait telle chose ou telle autre “avant 30 ans”, on avait raté notre vie. Surtout les femmes, surtout question mariage et enfant. Mais MDR, juste. Breaking news : l’être humain n’a pas de bombe intégrée qui dynamiterait tous les désirs et les projets qu’on peut faire rentrer dans les 50 ans (minimum) qu’il nous reste à vivre passé 30 piges.
On peut faire plein de choses à 40, 50, 60, 70 ans : changer de voie pro, reprendre ses études, écrire un livre, tomber amoureux·se, avoir des enfants, apprendre à chanter, à peindre, lancer un podcast, devenir modèle photo, voyager, partir s’installer dans un autre pays, apprendre le japonais ou le meringué…
Les projets ne sont pas obligés d’avoir des dates de péremption, vous n’avez pas de date de péremption, jusqu’à votre dernier jour, vous avez toutes les raisons et le droit de vous sentir vivante et de l’exprimer comme vous le désirez. Donc soufflez un bon coup, et soufflez-nous ces bougies. Votre anniversaire n’est pas un rappel de tout ce que vous n’avez pas encore fait, c’est la célébration de toutes les joies, les rencontres, les succès, les émotions que vous avez connues pendant l’année, et de l’excitation de tout ce que vous allez vivre dans celle à venir.
Votre vie n’est pas une to-do list, et vous n’avez de toute façon pas la main sur la seule vraie deadline, alors prenez tout ce qu’il y a à prendre à chaque moment, dès maintenant ;).







