Et si on arrêtait de glamouriser l'échec ?
Lana Del Rey voudrait récupérer son verbe
“Sans échec, pas de morale”
"L'échec est le refrain de la réussite”
“Il n’y a pas d’échec, seulement des leçons”
"L'échec est une opportunité de recommencer plus intelligemment”
“Le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme”
Welcome dans l’enfer des citations Pinterest, que vous connaissez sûrement déjà trop bien. De toute évidence, notre monde n’est pas super à l’aise avec l’échec, et nous permet encore moins d’appeler un échec un échec. “Leçon”, “moral”, “brouillon”, on est loin de la frustration et de la déception qu’on ressent for real. Et si on stoppait le bullshit pour se relever sans fermer les yeux (et en se faisant vraiment du bien) ?
Première étape : l’acceptation
Accepter que c’est ok d’avoir le seum, d’être triste, de ne pas avoir envie de se remettre en selle direct après un échec, c’est essentiel pour ne pas se faire avoir par ses propres sentiments (et par l'injonction à la réussite). Comme pour tout sentiment désagréable ou douloureux, en l’occultant, il revient forcément puissance 10. Ignorer qu’on souffre d’un accident de la vie n’est pas la meilleure méthode pour aller mieux, qu’importe ce qu’une citation peut vous dire.
On a souvent tendance à repousser des émotions difficiles - because elles sont difficiles - ou à en faire des sortes d’armes psychologiques pour les prochaines fois, mais c’est ok de les ressentir et de les ressentir pour ce qu’elles sont. Ok d’être déçu·e, frustré·e, en colère même. C’est normal après un échec. Si votre couple échoue, vous avez le droit d’être triste (et d’envoyer bouler la première personne qui vous sortira “1 de perdu·e, 10 de retrouvé·e·s”). Si votre business ne décolle pas, c’est ok de se sentir fatigué·e, perdu·e. Et prendre une pause pour soi, prendre le temps de s’en remettre, ce n’est pas baisser les bras, c’est logique. Et c’est même smart pour votre santé. L’échec n’est pas un trampoline.
Beware of the positivité toxique
De nombreuses personnes auront tendance à vouloir vous “aider” à vous remettre en selle le plus rapidement possible, en vous servant peut-être des phrases du genre “Ce n’est pas un échec, c’est que le début”, “On tombe, on se relève”, “Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort·e”... En faisant de votre échec un exemple de force, de persévérance, de courage. Malheureusement, ça peut souvent devenir de la positivité toxique. Et comme on vous en parlait déjà dans cet article, sous couvert de bienveillance et souvent non-intentionnellement, ces attitudes silencent la détresse psychologique et apportent zéro soutien. Pire : elles culpabilisent.
Un échec, par définition, c’est une défaite, une chute, l’inverse du succès, et parfois au fond de soi, on peut en avoir honte. Si les personnes qui nous entourent nous donnent l’impression qu’elles en ont honte aussi - en nous demandant de corriger la situation le plus vite possible ou en ne laissant pas de place à notre seum ou à notre tristesse - ça ne va que renforcer le sentiment d’échec. On a échoué, et maintenant on échoue à se remettre sur pied. Est-ce qu’on peut faire plus contre-productif ?
Parfois, l’échec ne nous apprend rien
C’est peut-être le premier pilier de la glamourisation de l’échec : l’idée selon laquelle ça serait toujours un apprentissage, une leçon pour rebondir, pour faire mieux. Mais certains échecs sont juste des échecs. On n’en tire aucune leçon pour la suite, et c’est ok. Prenez du recul par rapport aux discours rodés des grand·e·s dirigeant·e·s de startups qui mettent en relief leur réussite après cent fails. Ces récits sont faits pour alimenter le rêve du succès, le roman du “j’ai dû énormément travailler pour en arriver là aujourd’hui, j’ai un peu plus appris à chaque échec et je me suis construit·e dans les galères” #businesshero.
La vérité souvent, c’est que ces personnes sont parties en quête du monde avec l’avance de leurs privilèges, et leurs échecs ont été amortis par ces privilèges. Un échec, c’est glamour quand vous savez que vous avez le droit d’essayer 30x sans risquer grand-chose parce que les investisseurs ne vous discriminent pas, ou parce que votre famille peut encaisser les faillites. Ça n'a rien de glamour quand ça peut vous coûter votre sécurité financière ou votre maison.
Et c’est aussi une façon d’occulter l’échec #tabou, et de le transformer en une sorte de réussite anyway : vous n’avez pas échoué, vous avez réussi… à apprendre quelque chose. Ou comment s’enfouir la tête dans le sable à base de méthode Coué.
C’est ok de réussir du premier coup
Avoir vu juste dans votre business plan, survoler vos études comme un·e boss ou passer votre vie avec une seule et même personne à vos côtés, n’enlève rien à votre histoire. Vous n’avez pas besoin d’avoir connu des échecs pour savoir ce que vous voulez, pour prendre les bonnes décisions, pour réussir. Non, ce n’est pas un passage obligé. Non, votre bataille n’en sera pas moins glorieuse. Et si c’est parce que vous avez pris moins de risques, good for you. Parce que parfois ce qui ne nous tue pas nous fait quand même énormément souffrir, et ne nous rend pas nécessairement plus fort·e.
L’échec peut nous apporter quelque chose, ou pas du tout, mais ce n’est clairement pas une médaille sur l’uniforme. De la même manière qu’un deuil ne fait pas de nous quelqu’un de meilleur. Ça peut arriver, être douloureux, et parfois c’est tout. Ne vous forcez pas à créer un discours autour de vos échecs : acceptez-les pour ce qu’ils sont, c’est ok si ça fait mal, tant mieux si vous en tirez quelque chose mais tant pis si ça ne vous apprend rien. Il y a plein d’autres façons d’apprendre ;).







