Les grèves, une série bien française

 

Si cette grève nous touche de plein fouet, qu’elle rend le travail plus difficile, la course aux cadeaux vraiment compliquée et les voyages quasi-impossibles, ce n’est pas la première du genre. On en a vu d’autres, en commençant par la grève en pointillés des cheminots contre la réforme de SNCF l’année dernière ou celle contre la loi El Khomri en 2016. Et puis, il y a eu les plus vieilles. En ce moment, les médias se réfèrent pas mal à la grève de 1995 contre le plan Juppé : elle avait duré 3 semaines ! Il y a eu Mai 68 aussi, avec des slogans historiques comme « Il est interdit d’interdire » et « Sous les pavés, la plage » mis à l’écran façon smoking hot par Bernardo Bertolucci dans The Dreamers avec Eva Green et Louis Garrel. En mai et juin 1936, 2 millions d’ouvriers s’étaient mis en grève, des grèves pacifiques qu’on a appelées « grèves de la joie ».

 

La France est connue pour ses grèves qui semblent se répéter à travers l’histoire. A l’étranger, les grèves sont vraiment difficiles à comprendre. « French people are always on strike » : oui, les Français passent pour les champions du monde de la grève. Mais pourquoi ?


La grève, un droit

 

D’abord, la grève est un droit. Un droit fondamental même, inscrit dans le préambule de la constitution de 1946. Etre en grève, ça consiste à s’arrêter de travailler de façon collective et concertée pour faire entendre des revendications d’ordre professionnel, comme demander de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail. Lorsqu’on est en grève, on n’est pas payé pendant la durée de la mobilisation. Le droit de grève ne doit pas empêcher les autres travailleurs qui le souhaitent de travailler, ce qui rend les blocages interdits, du moins en théorie.
 

Un droit encadré

 

Même si la grève est un droit, elle est réglementée. La grève est toujours interdite par la loi pour certaines professions comme les militaires, les CRS, les fonctionnaires de police, les magistrats et les surveillants de prison, pour ne pas mettre en danger le fonctionnement du pays. Le droit de grève est contrôlé dans certaines limites dans les hôpitaux publics, la radio et la télévision publique, les transports et le nucléaire.


Un moyen historique de se battre pour ses droits

 

Pendant longtemps, il était interdit de faire grève. Jusqu’en 1864, très précisément. Avant cette date, les mobilisations de travailleurs qui ressemblaient à des grèves étaient violemment réprimées, souvent par l’armée et faisaient des dizaines de morts. Pour échapper à la brutalité de l’Etat à l’époque, les ouvriers ont commencé à s’organiser en secret et à créer une culture, totalement underground, de la clandestinité et de la lutte.

 

La grève est le principal mode d’action des ouvriers, qui partaient de très loin. Pendant longtemps, ils n’avaient aucun droit : ils travaillaient tous les jours, sans vacance, adultes et enfants, ils n’étaient pas protégés contre les accidents du travail et recevaient des salaires misérables qui leur permettaient à peine de se nourrir et de continuer à travailler.

 

Aujourd'hui, les choses ont changé notamment grâce aux mobilisations successives qui ont permis aux travailleurs d’accéder à plein de nouveaux droits, dont nous avons hérités d’ailleurs comme les congés payés, la création du SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) et le repos hebdomadaire. 

Quelle que soit votre opinion sur l’actualité, vous voilà éclairé.e.s et totalement capable de shiner à votre diner de Noël, parce que oui, le sujet sera au menu !

 

Un sujet politique vous intéresse ? Vous aimeriez qu’on en parle dans Tapage ?

Ecrivez-nous à [email protected]