Guilty pas guilty : pourquoi collectionner n’est pas qu’un truc de vieux
Même quand on collectionne des vieux trucs
Votre grand-père était peut-être philatéliste ou numismate, votre oncle ferrovipathe ou tégestologue, quand vous étiez petite vous avez sûrement eu des phases de conchyophilie, voire de capsulophilie ado, et parfois vos poches sont esitériophiles. Vous n’avez rien compris ? Bienvenue dans le monde merveilleux des collectionneurs et collectionneuses. Si ça vous semble ultra désuet et sans intérêt, figurez-vous que derrière ces minutieuses accumulations se cachent des ressorts psy really intéressants pour mieux comprendre l’être humain. Vous n’allez plus voir les assiettes à chaton du Professeur Ombrage de la même façon.
PS : Pour éviter de vous perdre sur Wiki, philatéliste = collectionneur·se de timbres, numismates = de pièces, ferrovipathe = de trains, tégestologue = de sous-verre à bière, conchyophilie = collection de coquillages, capsulophilie = collection de capsules, esitériophiles = collectionneur·se de titres de transport.
Apprendre et se rassurer
Les collections se font souvent à des extrêmes d’âge, aka enfant ou une personne à la retraite. Les psychologues et sociologues expliquent que ce sont des âges où on a besoin d’être rassuré·e, et le fait de collectionner est une façon de se rassurer par l’accumulation de ressources.
Quand on est enfant, c’est aussi une façon de découvrir le monde, d’apprendre, de développer sa curiosité. Comme chaque chose est nouvelle, on a tendance à faire des fixettes sur un sujet ou un objet pour le décortiquer complètement, on a besoin de le comparer aux autres pour comprendre ce que c’est vraiment. Les pierres peuvent être grises, blanches, grosses, rondes, coupantes, brillantes, lourdes, précieuses, donc très différentes, et pourtant ce sont toutes des pierres. En collectionnant des tas de pierres, on comprend mieux ce qui en est une ou non, on comprend mieux le sens des mots et des concepts.
On apprend aussi très vite que dans notre société, posséder est valorisé et sécurisant. Plus on possède, plus on est puissant·e et à l’abri. Sauf qu’enfant, on ne possède rien… Alors des pierres, des coquillages ou des languettes de canettes, c’est le début de la fortune.
Quand on vieillit - genre vieux vieux - deux facteurs psy entrent en jeu pour signer le grand retour de la collection : la nostalgie, comme quand on collectionne des timbres qui nous rappellent des endroits où on est allé·e·s où les poupées de notre enfance ; et l’idée d’accumuler ce qu’on perd, de combler les années de vie qui s’échappent par des objets bien réels qu’on peut contempler ou recompter pour se rassurer, comme quand on économise de l’argent sans projet à 80 balais, simplement pour “se protéger”. Pour certain·e·s, c’est aussi une revanche sur l’enfance : iels ne pouvaient pas avoir cette voiture miniature enfant faute d’argent, maintenant iels s’en offrent des dizaines et les exposent en vitrine.
Mais les collections - et ce qu’elles nous apportent - ne sont pas réservées aux enfants et aux ancien·ne·s. On peut apprendre toute notre vie (c’est même fortement conseillé ;)), et les collections peuvent nous aider à comprendre un pan d’histoire ou de culture. Comme Angelina Jolie et sa collection de couteaux (si si) qui lui permet d’apprendre beaucoup sur les cultures tribales et spirituelles des différentes parties du monde. Et ça peut aussi être un abri, un safe space quand tout part en vrille, quand on ne se sent plus en sécurité. S’ériger un monde tangible sur lequel on peut compter dans tous les sens du terme, c’est ok. Être passionné·e, c’est positif, et c'est ce qui nous amène à notre deuxième point.
Le frisson de la chasse au trésor
Les êtres humains sont des êtres passionnés, et la collection est obviously une forme de passion, qui devient ensuite un but. Nous avons toujours eu besoin d’un purpose, d’une quête, c’est ce qui nous fait vibrer, nous donne envie d’avancer. La quête de la pièce rare, de celle qu’on n’a pas encore, qui va briller dans notre collection, ça peut être un but super excitant. C’est en tout cas ce qui motive Tom Hanks à collectionner les machines à écrire. Et plus la recherche est complexe, plus l’objet est rare, plus la récompense sera élevée en dopamine #purkiff.
Et avant même de devenir une passion avec un objectif d’accumulation, le simple but d’avoir du fun, de s’amuser à compléter une collection (genre les magnets des départements de France sur le frigo) vaut le coup qu’on s’y attarde et qu’on s’y attache. Et même si on s’éloigne du minimalisme bon pour l’environnement #surconsommation, la collection est généralement une affaire de seconde main. On doit écumer des sites comme Leboncoin ou plus pointus, Delcampe, pour trouver sa perle rare, et c’est aussi ce qui fait la beauté du geste. D'autant plus que collectionner des vieilles choses signifie aussi parfois les réparer.
Pour résumer : faire collection nous permet d’apprendre, de se rassurer, de s’offrir un but et une passion, ou plus humblement de la dopamine en barre. Et une collection, c'est une histoire qui continue. Et si ça c’est pas un truc de notre génération que d’écrire la suite de l’histoire, alors on rend nos pins Caprice des Dieux et nos aimants du Cap Ferret tout de suite.







