La ou les jeunesse·s ?

 

On parle souvent de “LA jeunesse” comme s'il n’y en avait qu’une : une jeunesse qui formerait un bloc indivisible, réunie par son âge et cohérente dans ses envies, ses aspirations, ses craintes et son paysage social et mental. Bon. Comment vous dire que pas du tout ?

 

C’est d’ailleurs le premier point intéressant soulevé par l’étude, les types de clivage qui différencient les jeunes (ici, les 18-24 ans) :

 

Le sexe et le genre - aka les disparités qui existent dans les formes d’engagement selon que l’on soit une femme, un homme, ou une personne issue des minorités de genre (coucou les LGBTQI+). Il faut noter à ce sujet que l’étude précise aussi que « les jeunes femmes impulsent aujourd’hui les évolutions sociétales et politiques ». Héhé.

 

Le capital culturel hérité - aka l’accès qu’ont (ou pas) les personnes à la culture, ici mesuré en fonction de la quantité de livres présents dans le foyer de leurs parents.

 

L’origine nationale et la religion - aka l’environnement culturel et religieux dans lequel grandissent les personnes, comme ça peut être le cas par exemple lorsqu’on est fil·les d’immigré·es ou que l’on a grandi dans une famille catholique pratiquante.

Petit atlas des jeunesses politiques en France

 

Maintenant qu’on a dit tout ça, venons-en au point qui nous intéresse tout particulièrement dans cette étude : le petit “atlas” des 4 jeunesses politiques françaises :

 

Les démocrates protestataires, qui représentent 39% de la jeunesse. L’étude les présente comme des personnes venant de familles favorisées, le plus souvent diplômées, optimistes, attachées au vote et à la démocratie, intéressées par les questions de genre et l’écologie. Selon l’Institut Montaigne, si ces jeunes « ne se contentent plus de l’exercice du droit de vote pour peser sur la destinée de leur pays, ils rejettent pour autant la violence politique en restant attachés au modèle démocratique représentatif. 91 % de ces jeunes considèrent le vote utile. »

 

Les désengagé·es, qui représentent 26% de la jeunesse. L’étude les présente comme des personnes qui sont le plus souvent rurales, issues de familles ouvrières, invisibles dans le débat public, peu présentes dans les associations et sans opinions politiques. Selon l’Institut Montaigne, ces jeunes « représentent l’antithèse des "démocrates protestataires". Leur principale caractéristique est de ne pas exprimer d’opinion politique : 63 % d’entre eux n’indiquent aucune proximité avec un parti. »

Les révolté·es, qui représentent 22% de la jeunesse. L’étude les présente comme des personnes qui sont le plus souvent en difficulté matérielle et en détresse psychique, sensibles aux questions de racisme structurel, ayant une image négative de la politique. Selon l’Institut Montaigne, ces jeunes « sont favorables à un changement radical, de nature révolutionnaire de la société, et prêts à justifier la violence politique pour y parvenir ».

 

Les intégré·es transgressif·ves, qui représentent 13% de la jeunesse. L’étude les présente comme des personnes souvent plus heureuses qu’au sein des autres groupes, bien intégrées, attachées à leur localité MAIS peu attachées à la démocratie et tolérantes aux comportements violents. Selon l’Institut Montaigne, ces jeunes montrent « de nombreux signes d’intégration économique et sociale, [mais] semblent gagnés par une culture transgressive en matière de respect des règles ».

 

Alors alors, vous vous situeriez où, vous ?

 

 

À gauche, à droite : est-ce que tout le monde s’en fout ?

 

L’autre point important soulevé par l’étude, c’est celui de la désaffiliation politique des jeunes. Car s’il y a pas si longtemps encore, l’attachement à un parti et le positionnement gauche vs droite (ou centre) dominait la vie politique et l’engagement citoyen, ce n’est visiblement plus vraiment le cas pour les jeunesses aujourd’hui. La preuve : seulement 36% des jeunes se positionnent de façon claire sur le plan politique (en se revendiquant d’un parti), contre 60 % des parents et 64 % des boomers.

 

Mais est-ce seulement une question d’âge ? On notera pour nuancer que l’actuelle campagne présidentielle engage par exemple moins que les précédentes (toutes tranches d’âge confondues), comme le prouve cette étude publiée par Le Monde ce mois-ci : « 71 % des personnes interrogées se disent intéressées par le scrutin des 10 et 24 avril, contre 81 % en février 2017 ».

L’Institut Montaigne confirme cette tendance en soulignant que « Les jeunes partagent avec leurs parents et les Baby Boomers la défiance à l’égard des dirigeants politiques : 70 % des jeunes, 67 % des parents et 57 % des Baby Boomers considèrent que ceux-ci sont corrompus ». Alors, jeunesse désintéressée ou réaliste avant ses aîné·es ?

 

 

Démocratie : ce rêve vieux ?

 

Dans le sillage de la désaffiliation politique des jeunes, une grande question se pose : qui “croit” encore à la démocratie ? La réponse en chiffres est assez vertigineuse, puisque c’est 1 jeune sur 2 seulement (soit 51% d’entre elleux) qui se sent très attaché·e à la démocratie aujourd’hui.

 

Notons quand même que malgré cette (grosse) tendance à ne plus trop y croire, la jeunesse reste tout de même mobilisée dans ses convictions puisque 66% des jeunes pensent qu’il est utile de voter et que les élections pourront faire bouger les choses.

 

RDV dans les urnes le 10 avril prochain du coup ?