J'ai testé pour vous... les filtres Instagram
La chronique de Stéphanie
Stéphanie est Lion, elle squatte la rive droite de la capitale depuis toujours et son sport préféré, après la boxe, c’est la papote. Elle ne peut pas s'en empêcher : avec sa voisine de métro, dans la queue de la boulangerie, parfois même avec elle-même... mais aussi avec des inconnu·es rencontré·es dans la rue, dont elle partage le style et l’histoire sur son compte @gueulesdeparisiens. Pour nous, elle a décidé de tester tous les petits trucs de la vie 2.0, et de nous en faire un rapport détaillé. Cette semaine, Stéphanie nous parle des filtres Instagram.
Ce matin, j’ai rencontré d’autres moi.
Tout a commencé en ouvrant machinalement Instagram - un réflexe devenu inquiétant, au passage.
« Tiens, une nouvelle pastille rouge en bas de l’écran. Tentant. »
D’un coup d’un seul, mes cheveux sont roses et mes yeux argentés. Stylé.
Je continue sur ma lancée : Steph Freckles est plutôt mimi, Steph en mode zombie est très scary. Enfoncée dans mon canapé, je me laisse vagabonder dans le supermarché des moi alternatifs offerts par les filtres.
J’ai passé du temps au rayon healthy. Là, j’ai rencontré Steph fraîche : adieux les cernes, bonjour peau lisse et teint frais. C’est moi, en version améliorée.
En version « améliorée » - attends deux secondes. Tout d’un coup, je suis prise d'un vertige.
Je clique sur la description du filtre pour entendre sa créatrice chantonner : « Salut les girls ! Comme je suis KO en ce moment, j’ai créé un filtre : histoire de paraître fraîche ! »
Cette phrase m’a fait vomir des « Pourquoi ? ». Pourquoi c’est aussi important de « paraître » ? Et si tu es fatiguée, pourquoi tu vas pas dormir ? Et puis d’abord, pourquoi tu veux mentir et avoir l’air en forme si t’es crevée ? Pourquoi les filtres existent, et pour faire quoi ?
J’ai médité sur cette dernière question : je vois les filtres comme outil de création. Un moyen de poser son prisme sur la réalité. De jouer avec son identité.
Mais les filtres posent aussi la question de notre rapport au réel. De notre faculté à nous approprier la réalité.
Moi, je joue avec mon identité grâce à la mode. Chaque jour je choisis quel personnage j’ai envie de jouer, et j’endosse son costume : de Steph gangster à Steph en costume trois pièces, chaque jour je compose une nouvelle Steph. Quand je fais ça, je me sens puissante. J’aime choisir qui je vais être avec un médium qui ne gomme ni mes rides, ni mes courbes, mais qui met en valeur qui je suis. Le plus beau filtre, c’est notre imagination. Ne la déléguons pas à la petite machine.
Je me suis levée de mon canapé et je me suis regardée dans la glace. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis trouvée belle. Au naturel.
Stéphanie Pfeiffer







