Le « mommy Internet » est-il un nouveau safe space ?
*Zone Interdite voice* Quels sont leurs réseaux ?
Ça fait un moment que votre daronne n’a pas commenté une de vos photos sur Facebook n’est-ce pas ? Vous vous rappelez de la hantise que vous avez pu ressentir à l’idée de voir son nom apparaître dans vos demandes d’ami·es ? Un temps bien lointain, maintenant elle est sur Insta, elle vous envoie des voicenotes pour tout et rien et puis surtout elle vous a remplacé par Candy Crush. Mais qu’est-ce qu’elle fait toute la journée scotchée sur son tél’ ?
Un compte à soi
Rien de neuf à Veracruz, les femmes ont toujours eu un problème à trouver un espace à elles, où elles puissent s’épanouir et explorer leurs propres intérêts. Virginia Woolf a traité le rapport des femmes à l’écriture dans Une chambre à soi (1929) et il continue à s’appliquer aujourd’hui. Avec l’avènement d’Internet, il semblerait qu’enfin nous ayons trouvé cet espace. Depuis que nos parents ont connecté la box ADSL quelque part entre 1999 et 2006, on n’a pas cessé de raconter nos vies et de nous épancher en ligne. Que ce soit à travers les forums de La Cartoonerie et Ma Bimbo, nos Skyblog partagés entre copines et plus récemment et à la suite, le triple T : Tumblr-Twitter-TikTok, on adore raconter notre life.
© Ma-bimbo.fr
Mais nos mamans ont-elles eu accès à ce branchement au monde extérieur aussi facilement que nous ? Les avez-vous vues, immédiatement, s’asseoir devant l’ordinateur familial et traîner sur des blogs, à la recherche d’informations fraîches, de bons procédés à échanger ? Malheureusement, tout cela a pris un peu de temps pour elles. Peut-être chacun.e était-iel trop occupé·e à découvrir son propre univers virtuel pour les accompagner ? Peut-être, elles, étaient trop occupées à gérer nos vies pour pouvoir le découvrir ?
En tout cas, depuis les années 2000, petit à petit, elles ont récupéré un espace. Peut-être se sont-elles enfin débarrassées de nous, peut-être ont-elles eu besoin de récupérer finalement un téléphone portable pour pouvoir échanger avec toute la famille et continuer à organiser nos vies. Plusieurs raisons se cachent derrière leur accès à un smartphone mais le plus important c’est qu’elles ont, depuis, commencé à se le réapproprier.
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Et heureusement d’ailleurs, car on l’a senti, même si la transition au tout digital s’est rapidement opérée, pour les mamans qui travaillent dans les métiers du service et celles qui n’en ont pas eu la nécessité, le passage à l’ordinateur n’a pas été de tout repos… Vous vous rappelez de sa première adresse mail ? Ceci dit, elles semblent finalement avoir toutes pris le pli assez rapidement.
© Buzzfeed
Il y a d’abord eu WhatsApp, les conversations infinies maintenant rendues possibles avec les proches. Qu’iels soient de l’autre côté du monde ou bien dans la ville voisine : plus besoin de rester près du fixe, elles ont eu le pouvoir et la liberté de prendre des nouvelles et suspendre pour quelques instants leur sentiment de culpabilité d’être loin. Puis quand elles ont commencé à maîtriser WhatsApp elles ont progressivement commencé à s’étendre à d’autres applications. Mais pas avant d’avoir découvert le coffre secret des gifs et des stickers gênants dont elles gardent le secret.
© Mean Girls
Maintenant, elles passent à la vitesse supérieure, groupes Facebook d’entraide, lectures des actualités qui sortent de nulle part ou même recherche directe sur Google de noms dont on pensait qu’elles ignoraient l’existence. Pour nos mamans nées à l’étranger, ça a aussi été l’occasion de construire une relation plus saine avec le français, par exemple. Quoi de mieux qu’un correcteur automatique pour les aider à faire la paix avec cette langue ?
Dans une précédente newsletter, on vous racontait l’histoire de cette maman, qui sans le savoir, est devenue demi-finaliste dans un concours de Candy Crush. Beaucoup de topics ouverts dans de sombres forums posent une question qui nous brûle les lèvres : « Ma mère est-elle addict à Candy Crush ? » et qui pour certain·es cachent également « Pourquoi ma mère m’interdisait de jouer trop longtemps aux jeux vidéo quand j’étais ado alors qu’elle a débloqué près de 850 niveaux sur Candy Crush ? ». Avec l’accès à Internet, les pubs ciblés et la multitude de possibilités ouvertes, les créateur·ices de jeu ont trouvé avec nos mamans de véritables poules aux œufs d’or.
La ménagère better have my money
On est trop fières de nos mamans qui ont réussi à master le game de Candy Crush et autres jeux d’arcade (Memory, Farmville, etc.) et qui petit à petit s’insèrent dans les reels d’Insta et découvrent un tout nouveau monde fait d’algorithmes et d’influences. Elles sont petit à petit devenues des internautes à part entière et enfin reconnues comme telles.
© Buzzfeed
La meilleure façon de s’en assurer, c’est d’observer l’émergence de cette nouvelle cible de consommatrices. Si aujourd’hui les services marketing ont la présence d’esprit de ne plus parler de ménagère de moins de 50 ans mais bien de personne du foyer responsable des achats de moins de 50 ans, son fantôme existe toujours. Et avec raison, si les ménages se détournent de plus en plus de la télévision, les annonceurs ont bien compris que la personne responsable des achats avait toujours la main sur lesdits achats et avaient maintenant de nouveaux centres d’intérêt. Comme Candy Crush, par exemple, où en 2021, les utilisateur·ices y ont dépensé près de 102 millions d’euros environ.
Elles sont donc toujours au centre du biz, nos mamans. Peu de gens les laissent parler et malgré ça, secrètement, elles font et défont le monde. La ménagère va maintenant sur Insta faire défiler l'algorithme et se fait bombarder de pub pour elle, pour sa fille, son fils, sa nièce, sa mère, son mari, la cuisine, les copines, blablabla. Le cocktail hétéro-patriacal est toujours bien présent, saupoudré d’un peu de capitalisme fou. Miam miam miam. Et encore, les nôtres ne sont pas nées avec un téléphone portable dans les mains. Attendons de voir de quoi est possible notre génération et les influenceuses maman qui commencent à éclore un peu partout. Ces business girls vont probablement être prêtes à tout pour leur revanche. Who runs the world ? Mom.







