Le VRAI/FAUX (et le pourquoi ça ne concerne pas que les vieux) de l’âgisme
👵 👵 👵
« Alors que notre société vieillit, nous avons un problème avec les vieux ». Cet extrait du livre de Marie Charrel, Qui a peur des vieilles ? pose le sujet cash. L’âgisme, aka la discrimination basée sur l’âge, semble être acceptée comme un truc logique et ok dans notre société, alors que notre actualité pointe dans la direction opposée. Pourquoi ? Est-ce que c’est normal d’évincer les vieux ? Est-ce que l’âgisme ne concerne que les personnes âgées d’ailleurs ? Quelles sont les vraies conséquences de cette discrimination ? On décortique le problème en 6 points.
La discrimination âgiste est juste l’ordre naturel des choses : FAUX
Le fait de vieillir est naturel, la peur de mourir aussi, mais le rejet des personnes âgées est un choix social. Comme le dit très bien l’autrice et activiste contre l'âgisme Ashton Applewhite : « La peur de mourir est humaine, la peur de vieillir est culturelle ». De même que le sexisme, le racisme ou l’homophobie, rien ne justifie la discrimination. Le rejet des personnes âgées n’est pas une logique de fin de vie, du genre cimetière d’éléphants qui vont mourir seuls, c’est une décision structurelle basée sur des stéréotypes et des peurs projetées.
Cette discrimination a pour seule conséquence de blesser les personnes concernées : FAUX
L’âgisme est une discrimination structurelle, c’est à dire qu’elle fait partie de l’organisation même de la société, elle a donc de nombreuses conséquences sur les personnes qui en sont victimes : discrimination à l’embauche, discimination médicale, infantilisation, isolement, mais aussi troubles anxieux et dépressifs (d’après l’OMS, 6,3 millions de cas de dépression dans le monde seraient dus à l’âgisme). Mais elle pèse aussi sur la société dans son ensemble, et notamment sur son économie.
Une étude menée en 2000 aux USA a montré que l’âgisme, qui se traduit par des stéréotypes et des perceptions négatives de soi, coûtait 63 milliards de $ tous les ans au pays. En Australie, si 5 % des personnes âgées de 55 ans ou plus étaient employées, ça aurait chaque année un impact positif de 48 milliards de dollars australiens sur l’économie nationale.
La pandémie du Covid a augmenté l’âgisme : VRAI
« Cette pandémie a mis en relief les vulnérabilités des personnes âgées, en particulier les plus marginalisées qui se heurtent souvent simultanément à plusieurs facteurs de discrimination et obstacles du fait qu’elles sont pauvres, handicapées, sont des femmes seules ou appartiennent à des groupes minoritaires », Natalia Kanem, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population.
Mais les confinements ont aussi mis en lumière la scission de la société, avec d’un côté les jeunes accusé·es d’être irresponsables et de participer à la propagation du virus, et de l’autre les personnes âgées, principales victimes du virus, blâmées pour les mesures sévères appliquées à toustes de manière égale. L’individualité, alimentée par l'âgisme, a pris le pas sur l’importance de préserver l’équité.
L’âgisme est aussi sexiste : VRAI
Dans Qui a peur des vieilles ?, Marie Charrel décrypte le sexisme dont sont spécifiquement victimes les femmes de plus de 50 ans. Si les hommes très âgés sont systématiquement stigmatisés, les femmes le sont beaucoup plus tôt. Les cheveux blancs sont considérés comme sexy chez un homme, alors que chez une femme ça fait tout de suite grand-mère (voire sorcière). Cimer les diktats de beauté et de jeunesse totalement inégalitaires.
Sans parler de la ménopause qui redéfinit carrément la place d’une femme dans la société : puisqu’elle n’a plus “d’utilité” pour la société patriarcale, on ne la considère plus, on l’invisibilise, on la stigmatise. Titiou Lecoq en parle très bien dans ce billet, et replaçons au passage notre chronique Pourquoi j'ai arrêté de dire merci quand on me dit que je ne fais pas mon âge.
Ce qu'il est important de noter aussi, c'est que les femmes âgées sont LA catégorie oubliée par le féminisme intersectionnel actuel, alors qu'il est de notre devoir de se battre aussi pour leurs droits et leur représentation.
L’âgisme concerne uniquement les personnes âgées : FAUX
À sa racine, l’âgisme est une discrimination basée sur l’âge, pas sur la vieillesse : les jeunes n’en sont pas exclu·es. Discrimination professionnelle #5ansdexperienceminimum, infantilisation #tuverrasquandtuserasplusgrand, manque de considération politique, économique, juridique, idéologique… La précarité des jeunes et le manque de représentativité dans les sphères de pouvoir sont une forme d’âgisme. L’expérience n’est pas automatiquement preuve d’intelligence ou de vérité, et la jeunesse d’incompétence ou d’immaturité, demandez donc à Greta Thunberg ;).
Vieillir c’est cool : VRAI
On nous vend la vingtaine comme le truc le plus cool du monde, comme “les meilleures années de notre vie” mais c’est aussi une forme d’âgisme. La jeunesse = le best. Pourtant, les femmes de 30-40 ans et plus sont souvent plus épanouies. Elles savent ce qu’elles veulent, ce qu’elles aiment, ce qui ne marche pas pour elles. La journaliste Sophie Dancourt en parle d’ailleurs très bien sur son compte @jaipiscineavecsimone, du kiff et de la puissance d’avoir passé la cinquantaine (sans avoir perdu sa colère et son engagement face à la discrimination âgiste, c’est ça qu’on aime).







