« Attends, je termine le petit Grégory, je peux pas te parler. »

« Demain ? Impossible je passe l’aprem avec Luka Rocco Magnotta. »

 

Si mes potes m’appellent un dimanche pour aller boire un café, ils ont de grandes chances de recevoir ce genre de réponses un peu flippantes de ma part. Alors non, j’ai rien fait au petit Grégory, Luka Magnotta n’est pas mon BFF, mais je passe beaucoup de temps avec eux… à travers mon écran d’ordi. J’ai une passion dévorante pour les affaires de meurtres bien gores et j’ai même mon petit top 3 de tueurs favoris. Certaines personnes sont fans de Timothée Chalamet, moi c’est Ted Bundy.

 

Bien-sûr, je ne cautionne AUCUN crime, mais ces effroyables meurtres opèrent sur moi un effet de fascination ultra-étrange et addictif. Dès l’enfance, j’ai commencé en douceur avec les films d’Alfred Hitchock et Columbo. Et puis ça a été l’ascension violente. Des téléfilms de Columbo, je suis passée aux docus sur Marc Dutroux, Michel Fourniret, Charles Manson et toute la clique des grands tueurs de ce monde. Depuis, en toute détente, je me dégomme les séries et les documentaires sur les pires meurtres en une soirée. J’épluche Twitter de manière très énervée dès que j’entends parler d’un criminel (tmtc quand Xavier Dupont de Ligonnnès a fait son faux come-back). Et mon historique de recherche Google pourrait faire flipper les plus gros sociopathes.

 

J’ai voulu savoir si j’étais victime d’une mode « passion serial killer » ou si j’étais simplement une grande malade. J’ai donc contacté Roger-Marc Moreau, un criminaliste spécialiste des erreurs judiciaires et des crimes non élucidés afin qu’il me donne son avis sur la question. (Grand moment d’excitation !) Il m’explique : « Le public a un intérêt grandissant pour les affaires judiciaires et criminelles. La fascination de certaines personnes pour les tueurs en série a toujours existé et c’est assez étonnant, même si c’est très courant. »

 

Alors, je risque d’épouser un jour un tueur en série ? « J’ai traité plusieurs affaires où des femmes tombent amoureuses d’un détenu lourdement condamné. Elles sont fascinées par ces hommes en cage, d’une grande puissance, qui ont fait la transgression ultime. C’est fantasmatique. Parfois, il y a une érotisation du tueur car la vie, la mort et l’amour se mélangent. Bien sûr, ça peut confiner à la pathologie, mais ce sont toujours des femmes fragiles qui tombent sous leur emprise. Dans votre cas, je pense que votre intérêt pour ces affaires spectaculaires est bien naturel car, en s’intéressant à ces sujets, on en apprend beaucoup sur l’âme humaine. Les grands crimes soulèvent une grande incompréhension : comment en arrive-t-on à passer à l’acte, à faire des choses aussi terribles ? L’affaire Dupont de Ligonnès par exemple, c’est l’histoire d’un homme qui supprime sa propre famille, des personnes qu’il aimait, ça réveille forcément des questionnements chez le public. Finalement, vous regardez ces criminels comme un sociologue regarde l’être humain. Il n’y a rien de plus passionnant, vous partez à la découverte de la face cachée de l’être humain ! »

 

Rassurée par tous ces bons mots j’ai donc décidé qu’à tous mes amis qui disent que je suis une psychopathe, je répondrais désormais que je suis une « Exploratrice de l’âme humaine ». Et bim.