C'est quoi ?

 

Le terme ‘syndrome de l’imposteur’ est inventé par deux psychologues cliniques dans les années 70 : Suzanne Imes et Pauline Rose Clance. Leur démarche ? Mettre un mot sur une souffrance très largement expérimentée dans le cadre de la vie étudiante et/ou professionnelle : celle de ceux qui ne croient pas avoir mérité leurs succès, leurs réussites. Qui ne pensent pas, jamais, être à la hauteur.

 

C'est-à-dire ? Vous faites partie de ces gens qui pourraient croire qu’un complot a été orchestré pour les faire réussir ? Bon, vous êtes sans doute atteinte. Mais pas de panique, le dit syndrome n’est pas une maladie mentale. Depuis quelques temps, on préfère d’ailleurs l’appeler ‘expérience de l’imposteur’. Déjà un peu moins flippant et irrévocable.

Comment ça marche ?

 

En gros, si vous vivez cette “expérience”, vous êtes comme votre propre victime : vous êtes très volontaire quand il s'agit de reconnaître vos échecs ou de dire que c'est de votre faute. En revanche, quand vous réussissez, plutôt de vous lancer dans un déhanché décomplexé de célébration du bonheur, vous doutez automatiquement du bien-fondé de votre réussite. Vous vous dites : j’ai eu de la chance / on m’a aidée / je ne serai pas capable de le refaire / je ne mérite pas les compliments qu'on me fait … Bref, tout un paquet d’excuses vouées à ne pas renforcer l’estime de soi. Bien au contraire.


What a behavior

 

Du coup, de manière générale, celles et ceux qui vivent cette expérience réagissent de deux manières différentes face à un projet ou à un travail. Soit en procrastinant : du genre ‘ouais, bon, je le ferai demain, dans deux mois, et puis au pire comme ça, si je rate, ce sera vraiment ma faute, et ce ne sera pas étonnant d’ailleurs’. Soit en se sur-investissant : du genre, passer 6 heures sur la rédaction d’un paragraphe d’un article en se disant qu'il faut au moins ça pour que ce soit réussi, rien qu’un peu.

 

La logique ? Se dire que puisqu’on n’a pas les compétences pour le faire, on n’avance pas à armes égales avec les autres. Et qu’il faut donc déployer des stratégies de l’échec (baisser les attentes des autres car on ne pense pas être à la hauteur) ou de workoholic tarée (se surinvestir dans son travail pour que personne ne se rende compte qu’on est une imposture) pour pouvoir y arriver.


Me vs the world

 

Pas facile de déboulonner tous les méandres de vos mécanismes psychologiques les plus noirs en un article. Ceci dit, il y a bien deux-trois trucs sur lesquels méditer pour réviser son rapport aux autres et à soi.

 

Par exemple : de manière générale, le syndrome de l’imposteur touche plus facilement les femmes. Pas étonnant, dans la mesure où l’on érige bien plus rarement en modèles des femmes compétentes. Plus difficile donc, de s’identifier à un scénario dans lequel on réussit. Et dans lequel on se sent légitime de le faire.

 

Une autre piste : il faut parfois changer son rapport au travail pour s’en sortir. Comprendre, en gros, que l’on n’a rien à prouver, est la clé de l’émancipation de toutes ces pressions que l’on se met à échelle individuelle. C’est-à-dire par exemple, qu’en effectuant un travail intéressant, il vaut mieux mettre l’accent sur l’apprentissage, et sur comment s’améliorer, que sur la performance qu’on essaye de faire pour se prouver à soi-même et aux autres qu’on en est tout à fait capable.


Pour apprendre à se connaître

 

S'émanciper de ses propres démons, à part ça, requiert un minimum de mise au débat avec soi-même. Et deux-trois points de déconstruction d'idées super intégrées qui font vraiment du mal au moral.

 

Par exemple : Redéfinir ce qu'est l’intelligence à échelle personnelle. Et se dire, qu’au fond, l’intelligence n’est pas un acquis mais une expérience en construction permanente : ça pourrait permettre d’éviter de se comparer constamment aux autres alors qu’il n’y a strictement aucune raison. Les clés de votre intelligence vous appartiennent.

 

Le saint graal de l'histoire : Il faut comprendre que chacune d’entre nous est unique, avec son histoire personnelle, ses atouts, ses casseroles, et, dans le cas qui nous intéresse, sa propre manière de travailler. Et ça, ça veut dire qu'il faut pouvoir saisir que votre approche de la situation sera peut-être toujours différente, mais qu’elle peut être une vraie richesse si vous savez l’apprécier et la mettre en valeur. Got it ?