Pourquoi Beyoncé est l'héritière de Beauvoir
Enfin : pourquoi ça se défend
On est parties du postulat que si Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre étaient vivants en 2018, ils auraient fait la une des magazines people. Engouffrées dans cette dimension parallèle, on s’est demandé : quelle est la différence entre Beauvoir et Sartre et Beyoncé et Jay-Z ?
Hériter des idées : le woman power de Beauvoir à Beyoncé
Sartre et Beauvoir faisaient figure d’exception en leur temps, et c’est ce qui les a rendus célèbres. On ne reprendra pas l’histoire de leur couple, qui mériterait à elle seule une chronique en 110 épisodes, mais on constatera seulement que Beyoncé, comme Beauvoir, s’inscrit dans un couple d’artistes mythiques tout en assurant elle-même sa propre réussite, qui ne dépend en aucun cas de l’homme célèbre avec lequel elle partage sa vie.
Ce qui veut dire ? Que Beyoncé est autrice-compositrice-interprète et délivre elle-même le discours qu’elle souhaite répandre à travers son art : c’est pour cette raison que son discours est devenu l’un des fers de lance du féminisme pop aujourd’hui. Parce qu’il s’inspire de sa propre expérience de femme (racisée, qui plus est), et non pas d’une expérience de femme vue à travers les yeux d’un homme. Et parce que ces difficultés bravées pour accéder à un espace de parole et à la reconnaissance de celui-ci proviennent d’un travail énorme de déconstruction des normes et des idées : c’est le concept même de l’empowerment. Et c’est contagieux. Tant mieux.
Du deuxième sexe à Suga Mama : l’activisme à deux vitesses
Cheffe de file du mouvement féministe en son temps, Beauvoir a balancé ses idées sur la place publique avec un aplomb qui lui a valu autant de haters en son temps que de postérité du nôtre. Elle a revendiqué, créativement et politiquement, un droit à la parole d’un temps où les intellectuelles, si elles étaient tolérées, étaient tout de même franchement mieux vues quand elles savaient la mettre en veilleuse. C’est de ce genre d’initiative que les mouvements sociaux naissent, permettant un renouveau des idées. Et elles demandent beaucoup de courage.
Ça se traduit comment, chez Beyoncé ? On pourrait citer le groupe de tournée Suga Mama, qui ne fait intervenir que des femmes. Des techniciennes aux danseuses, en passant par les musiciennes, Beyoncé prend le parti de représenter, à travers son spectacle, une génération de femmes talentueuses, compétentes, et propulse du même coup un message fort : les femmes peuvent le faire. Woman power.
Une histoire d’intersectionnalité
On entend encore souvent aujourd’hui des personnes déplorer le fait qu’on puisse mettre Beauvoir et Beyoncé à la même échelle. Ce qui, selon nous, est particulièrement dommage : parce que le féminisme n’a pas qu’un seul visage, et plus encore, parce que nous pensons qu’il doit en avoir plusieurs pour pouvoir représenter tout le monde de la manière la plus juste.
Pourquoi c’est important ? Pour exemple, ce qu’on appelle le “féminisme blanc” est la tendance la plus représentée dans notre monde occidental : il s’agit pourtant d’un féminisme qui écarte les problématiques d’oppressions réservées aux minorités racisées, en oubliant que lutter, c’est lutter ensemble, pour tou-te-s les femmes, quelle que soit leur catégorie sociale ou leur couleur de peau. Et c’est tout l’objet du féminisme intersectionnel. De dire que pour certaines, il est plus facile de twerker que d’éditer un livre. Et qu’il s’agit pour autant d’un combat.







