Pourquoi c'est ok de ne pas être irréprochable en matière d'écologie
Haters gonna hate
“Végétarienne ? Ok mais pourquoi tu manges encore du fromage si tu tiens aux animaux ?”. "Comment peux-tu encore prendre l’avion alors que tu critiques la pollution routière ?”. “Tu commandes tes bouquins en librairie mais tu mates des séries sur Amazon Prime, c’est chelou non ?”. Bah non Monique, parce que ce qui compte, ce n’est pas d’être irréprochable (qui l’est ?), c’est d’être conscient·e du problème, et de lui faire face en essayant de faire mieux, puis encore un peu mieux chaque jour. On vous déroule les arguments sauve-soirées ?
Si on a peur de ne pas être parfait·e, on ne se lance jamais
Vous vous souvenez de vos cours d’anglais au collège ? Quand la prof vous demandait de lire cet extrait de Shakespeare dEvAnT tOuT lE mOnDe, et que vous préfériez passer votre tour plutôt que d’affronter les moqueries de l’assemblée sur votre accent ? Exactement de cette manière-là, on est beaucoup à ne pas oser se créer une vie plus écolo par peur des critiques.
Sauf que : ce n’est pas parce qu’on mange de la viande une fois par mois qu’on ne peut pas parler des bienfaits du végétarisme pour la planète ; ce n’est pas parce qu’on se fait une virée sur Asos deux fois l’an qu’on ne peut pas refiler des adresses de seconde-main autour de soi et discuter des ravages de la fast-fashion.
Il y aura toujours des personnes pour vous dire que “vous ne faites pas assez”, mais clairement : ces personnes ne font pas non plus assez pour d’autres. Si le sort de la planète et la façon dont on la traite matter to you, faites ce que vous pouvez, débutez quelque part, changez un détail de votre quotidien. Bref : mettez le pied à l’étrier de l’écologie. Personne n’est parfait le premier jour, parce que personne n’est parfait tout court.
Et n’oubliez pas le plus important : tout le monde se fout de votre accent en anglais dans le reste du monde. Mieux : votre accent frenchy est so sexy, et on apprécie l’effort. Tout le monde se fout que vous n’ayez pas encore remplacé votre éponge synthétique par une tawashi. Mieux : votre engagement écolo, qu’importe son niveau, est so sexy, et la planète apprécie l’effort (c’est elle qui nous l’a dit).
Le combat écolo, cette contre-culture
Autre raison d’être indulgent·e envers soi-même : beaucoup de facteurs de pollution font partie de notre culture, et aussi utile et vital soit-il, c’est très difficile de s’en défaire. Pour beaucoup, on a grandi avec le poulet du dimanche, le plein de la Clio sur l’autoroute des vacances, le rêve des 2 semaines en Thaïlande, la sortie H&M et Zara avec les copines le week-end, la frénésie autour des iPhones et leur micro-technologie dont on ne savait rien, les fast-food et la poubelle comme BFF hygiénique et magique qui avalait nos anciens goûts pour laisser place à notre nouvelle vie made in le numéro Juillet de Cosmo.
Se rapprocher d’un mode de vie plus écolo, c’est renier tout ce qu’on nous a toujours vendu comme le big dream, le kiff, le sens du style ou au moins le comme tout le monde pour pas avoir l’air bizarre. Et on ne peut pas passer son enfance/adolescence à baigner dans la consommation et l’obsolescence programmée pour se ranger d’un coup d’un seul à l’âge adulte du côté de la décroissance et de la récup. Shit takes time. Dans devenir plus écolo, il y a “devenir”. C’est un process, et même si le temps presse, chacun a son propre rythme et process.
Stop remettre la faute sur les faux coupables
C’est peut-être la raison la plus importante. Ça ne nous dédouane pas de faire des efforts, mais à force de se voir critiquer pour n’importe lequel de nos comportements non idéal, on oublie que les principaux responsables de la pollution et du lent meutre de la planète ne sont pas les citoyen·ne·s, mais les lobbies et les Etats qui les protègent.
Couper l’eau quand on se brosse les dents ? Bitch please. Dans cette même eau, des chalutiers vidangent des hectolitres de produits chimiques tous les jours, des usines de recyclages gonflent leur succès en y “oubliant” une partie des déchets à leur charge, des baleiniers massacrent des espèces protégées.
Apporter son tote bag pour faire ses courses ? Yeah right. Pendant ce temps, on continue d’emballer des pommes dans des sachets plastiques impossible à recycler, de nous vendre de la viande saturée d’antibiotiques et témoin d’un massacre institutionnalisé, d’interdire les semences paysannes parce que Bayer-Monsanto a fait inscrire son monopole sur l’agriculture dans les lois.
Changer nos habitudes peut forcer les marques à changer leurs modes de production, mais nos 30 balles chez Mango ou nos Big Mac de lendemain de cuite ne sont pas responsables de la troisième extinction de masse. Votre prise de conscience et vos efforts sont importants, mais vous ne pouvez pas être irréprochables quand le monde entier vous est proposé dans du plastique et qu’il faut faire 20 km - mais pas en voiture - pour trouver des pâtes en vrac.
Pour résumer : le monde dans lequel on vit est loin d’être irréprochable, il faudrait donc vivre en dehors du monde pour l’être ; ce qui compte avant tout c’est de prendre conscience du problème et de changer ses habitudes au fur et à mesure, avec motivation et indulgence envers soi et ses fellow ecolo brothers et sisters. Bon, et si vous voulez organiser des sit-in devant Bayer ou le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, ne vous gênez surtout pas pour nous <3.







