Alors c’est vrai, au premier abord, ces élections ne sont pas forcément les plus excitantes. Surtout quand on suit ce qui se passe aux États-Unis ces jours-ci, avec la primaire démocrate pour désigner qui sera l’opposant à Trump en novembre prochain. Là-bas, tout est mis en place pour encourager le vote des jeunes à coup de filtres trop cute, d’appli dédiée et d’opérations comme “Make a call for Bernie”... C'est sûr que ça donne envie.

 

Pourtant, il n'est pas trop tard pour se motiver. Comment ? Un petit point so-ro-ri-té en politique s’impose.

 

Immanquable, la campagne canon “Thank a feminist” pensée par The School of Feminism (téléchargeable à souhait et dans plein de langues) nous rappelle si bien que, si les femmes ont le droit de vote aujourd’hui, c'est grâce au combat de féministes #forevergrateful.

La Nouvelle-Zélande est le premier pays qui accorde le droit de vote aux femmes, en 1893. Suivront la Finlande, la Norvège, le Danemark, la Grèce, la Turquie, l'Islande, l'Allemagne, l'Estonie, la Lettonie, la Pologne, la Lituanie, le Royaume-Uni ou encore la Bulgarie.

 

La France arrive en fin de course dans un contexte très particulier. Le 21 avril 1944 enfin, alors que la Seconde Guerre Mondiale n’est pas encore terminée et que la France se libère progressivement de l’Occupation allemande, le Général de Gaulle signe cette ordonnance qui accorde le droit de vote aux femmes françaises.


"Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions de l'homme."

Ce n’est qu’un an plus tard que les Françaises pourront exercer ce droit pour la première fois, dans un pays qui n’a pas voté depuis 9 ans à cause de la guerre. Cette guerre, la résistance, l’occupation, les déportations, les hommes partis au combat sont un ensemble de facteurs qui ont profondément transformé la société française et la place que les femmes y occupent.

 

La première fois que les femmes votent, le 29 avril 1945, il s’agit d’élections municipales, comme celles de dimanche. Mais elles ont un goût particulier pour toutes celles qui se sont battues pour la liberté. Et elles en parlent mieux que nous :

 

“Quand on dit que c’est le général de Gaulle qui a donné le droit de vote aux femmes, c’est inexact. C’est la Résistance. Vous savez que les femmes se sont magnifiquement conduites pendant toute la Résistance. J’en ai connu des quantités. Il y en a eu 8 000 ou 10 000 qui ont été déportées pour faits de résistance, sans compter toutes les déportées raciales. Elles se sont acharnées, elles ont travaillé à l’ombre des hommes. - Gilberte Brossolette, journaliste et résistante.
 

Les femmes votent pour la première fois lors du premier tour des élections municipales le 29 avril 1945. • Crédits : AFP - AFP
 

Aujourd’hui, l’inspiration, l’encouragement et la solidarité entre femmes, c’est super précieux et ça aide beaucoup, surtout les jours où on a envie de tout casser. Mais la sororité, ça sert aussi à s’aider à dépasser certains blocages, à mieux comprendre nos droits et à se sentir plus légitimes à les réclamer, à se les approprier.

 

À une époque où Internet n'existait pas, l'empowerement en noir et blanc passait notamment par le travail de journalistes et d’activistes comme Françoise Giroud, dont les mots résonnent encore très fort aujourd’hui :

 

"Nous voilà électrices, lancées dans la politique. (…). Relayez-vous avec une ou deux amies pour garder les enfants, pour préparer le déjeuner ou le goûter. Et si pour distraire une heure le jour du vote, il vous faut faire quelque effort, pensez que pour vous permettre de voter, des hommes et des femmes luttent depuis un siècle." - Françoise Giroud, journaliste et femme politique.

 

Sur ce, à dimanche !


 

Kenza Aloui