Pourquoi j’irai voter dimanche et pourquoi ça compte
Chronique du seum
Je ne sais pas qui vous êtes ou ce en quoi vous croyez. Je ne sais pas non plus si vous faites partie de ces 42% des 18-24 ans qui n’ont pas été voter au premier tour. Quel que soit votre positionnement : no shame, no blame. Je ne suis pas là pour ça. Non. Je suis là pour prendre la parole et vous raconter une histoire : celle d’une personne qui galère à croire en la démocratie mais qui la défend quand même. Celle d’une meuf qui n’a pas envie de voter Macron mais qui le fera quand même. Oui, c’est compliqué. Venez, je vous raconte ?
En 2002, j’avais 10 ans. J’ai assisté, sans vraiment trop y comprendre quoique ce soit (à part que c’était grave) aux élections présidentielles qui ont placé, pour la première fois, l’extrême droite au deuxième tour en France.
Je me souviens. C’était un dimanche. Le nom de Jean-Marie Le Pen s’est affiché sur le téléviseur familial (ce gros machin cathodique, tmtc), face à celui de Jacques Chirac. Ça avait l’air d’être une surprise pour tout le monde. Et clairement pas une bonne.
Dans ma famille, c’était un enjeu pas minime. Parce que je suis métisse, parce que mon père est issu de l’immigration. Parce que j’ai deux passeports, deux pays, deux cultures et deux identités : l’une française, l’autre tunisienne. Alors vivre dans un pays raciste, dans un pays qui barbote dans son déni post-colonial comme si c’était légal n’est pas pour moi une option. Non.
Alors dimanche, j’irai voter pour Emmanuel Macron. La mort dans l’âme, comprenez-moi bien. Ce n’est évidemment pas de gaîté de cœur que j’irai placer dans l’urne un bulletin en faveur d’un type qui a craché pendant cinq ans sur tout ce que je défends. Grande cause du quinquennat ? Mes œufs, oui. Je n’oublie ni ne pardonne.
Mais. Je ne peux pas me payer le luxe de me dire que “Macron n’a qu'à se démerder : j’ai déjà fait barrage en 2017 et on a bien vu le résultat, cimer”. Même si je suis en colère contre la politique que lui et son gouvernement ont menée pendant cinq ans. Même si rien de tout ça n’est acceptable pour la militante que je suis. Même si j’ai l’impression que voter pour lui est une sorte de trahison de ce en quoi je crois - je le ferai quand même.
Parce que je ne veux pas me réveiller demain matin et vivre dans un pays où le droit à l’avortement et le mariage pour toustes sont remis en question. Où mes sœurs de lutte musulmanes seront la cible de toutes les oppressions. Où le réchauffement climatique sera décrit comme une fake news déconnante. Où le voile sera interdit dans l’espace public. Où la personne qui gouverne mon pays sera une héritière et représentante de la fachosphère, qui copine avec Poutine et se décrit elle-même comme une politicienne façon Trump.
Non. Nous valons mieux que ça. Nous valons aussi mieux que Macron (qui a bien contribué à la banalisation des idéologies d’extrême droite, obvi - coucou et pas merci l’anti-wokisme), mais je voterai tout de même pour lui.
Je voterai pour honorer les conquêtes et combats qui me permettent, aujourd’hui, de glisser un bulletin de vote dans l’urne. Pour dire que même si tous leurs jeux politiques et médiatiques me saoulent profondément, je n’accepterai pas pour autant de me laisser faire face à cette culture de la haine.
La peste ou le choléra, vous dites-vous ? C’est peut-être plus compliqué que ça. De la droite libérale en roue libre à la fachosphère, je fais mon choix. J’en souffre mais c’est comme ça.
Je suis féministe, éco-anxieuse, je suis une fille d’immigré. Je suis une personne qui a vécu des violences sexuelles, je suis une transclasse, une queer, une personne neuroatypique. Bref : je suis tout ce qu’Emmanuel Macron ne défend pas.
Mais parce que je vaux mieux que lui, que je vaux mieux que ça, j’irai voter dimanche. Je participerai au barrage. Pas en tant que “républicaine” comme ils disent mais en tant que militante intersectionnelle engagée et énervée.
Ma revanche ? Notre droit à la parole ? Je me dis que nous l’aurons en juin, au moment des élections législatives. D’ici là, je retiens mon souffle et je vote. Pas pour dire “oui” à la Macronie. Mais pour dire “non” à Le Pen et à sa haine. Ils veulent nous faire baisser les bras : je lève le poing plus haut quand même. Et vous ?
Sarah M.







