Pourquoi l’interdit nous fait autant kiffer ?
Vous avez 4 heures
Vous êtes têtue. On vous avait dit de ne pas acheter cette paire de chaussures “tellement importable mais si bien soldée j’te juuuuure”. On vous avait dit de ne pas retourner passer la nuit chez votre ex soi-disant pour “mater le dernier épisode de GoT”. On vous avait dit de ne pas vous mettre à fumer, de manger 5 fruits et légumes par jour. Mais alors, qu’est-ce qui vous prend ? Pourquoi l’interdit et le danger sont-ils si kiffants ?
# Interdit de stationner
Pour jeter les bases, disons qu’un interdit représente de manière générale une interdiction émanant d’un groupe social ou religieux (merci Larousse). En gros, vivre en société implique de jouer selon certaines règles censées profiter au vivre ensemble. D’ailleurs, ce qui est interdit l’est souvent au nom du “bien” : sous-entendu, pour être “heureux-se”, il faudrait s’épanouir selon certaines normes.
Ce qui veut dire ? Que le premier sens de l’interdit est donc de poser des limites. Aussi bien sous la forme de règles du jeu défendant des conventions sociales qu’il faut donc braver pour changer le monde (coucou !), que de normes plus ou moins abstraites auxquelles nous choisissons - ou pas - de nous tenir (tmtc le découvert autorisé).
# Il est interdit d’interdire
Le truc avec l’interdit, c’est donc qu’il est un peu partout, du salon à l’open-space, des comportements bien ancrés, qu’on apprend très jeunes, viennent se frotter constamment à nos envies de déglingue : le pic d’adrénaline de la première clope crapotée en scred derrière le lycée, le flirt en mode coucou-caché au beau milieu d’une relation exclusive... “Plaisirs coupables” qui nous rappellent constamment que ce qui semble ouvertement être mauvais pour nous, nous fait pourtant l’effet d’un gros aphrodisiaque.
Mais pourquoi ? Peut-être parce que l’interdit vient se poser en contraste des lignes pré-établies et tracées pour tous. Et que dépasser ces lignes, s’y confronter, les déconstruire, et les reconstruire à sa propre manière est bien souvent l’objet de tout le travail que l’on fait à l’adolescence et à l’âge adulte. Pour faire advenir la surprise. L’INÉDIT.
# Les délices de l’amour interdit
Ce qu’il y a de trépidant dans l’interdit c’est donc bien la nouveauté : le sentiment qu’il se passe un truc, un vrai. Pas étonnant partant de ce principe qu’il nous arrive de nous mettre dans des situations relationnelles exigeant un haut niveau de gymnastique émotionnelle.
Pour faire un détour du côté de l’illustre, prenons l’exemple de Roméo et Juliette : les conventions sociales se dressent entre eux et leur amour. Du même coup, leur relation devient l’interdit suprême, le lieu d’un fantasme absolu : le risque pris pour donner vie à cet amour interdit est à la mesure de son impossibilité.
Ce qu’on en retient ? En fait, l’interdit et le danger transcendent notre quotidien à un tel point qu’on peut plus ou moins consciemment chercher à s’y confronter. Ou comment le Toxic de Britney pourrait devenir l’hymne national des relations interpersonnelles complètement (et délicieusement) névrotiques.
# Freud versus Mango
Pour la psychanalyse, l’interdit est une disposition légale qui empêche de satisfaire une pulsion, et donne lieu à un état qu’on appelle la frustration (on connaît). Et parce que Freud est tout de suite moins boring au milieu d’un dressing, on a eu envie d’appliquer sa théorie à la manière dont on gère nos tunes. Exemple classique : deuxième semaine de soldes, vous traînez sur un site en ligne. Vous craquez sur un petit sac vert émeraude capable de contenir au max la clé de votre boîte aux lettres et un comprimé d’Ibuprofène. Banco : vous l’achetez.
Mais pourquoi ? Quelque part, le fait que cet objet vous soit inaccessible - ou le fait que vous sachiez en tous les cas qu’il est tout à fait déraisonnable de consentir à l’obtenir - vous le rend absolument désirable. Un peu comme le crush de vos 14 ans que vous ne désiriez jamais autant que quand il/elle semblait vous ignorer.
# La vie en roue libre
Le truc avec l’interdit, c’est donc qu’il est non seulement défini par un cadre assez large et assez structurant (c’est le monde) mais aussi par des besoins, désirs et envies en perpétuelle mutation (c’est nous). Et que le braver, du même coup, contribue aussi bien à changer la face du monde (ou rien qu’un peu) qu’à nous aider à comprendre et à saisir les problématiques qui nous traversent et les réponses que nous souhaitons y apporter.
Pour conclure, et parce qu’il n’y a pas de vrai réponse à cette question (déso), disons que dans la mesure où l’interdit semble s’opposer à nos libertés, le transcender coïncide aussi nécessairement avec la possibilité de créer du plaisir. De le réinventer. Pour soi et avec soi. Parce que dans roue libre, il y a libre (lol).
YOLO.







